SYMPTOMES, MARCHE, TERMINAISON
A. Lorsque des causes prédisposantes locales préparent les ruptures, ce sont les phénomènes locaux qui se montrent tout d’abord, variables suivant les organes et suivant les lésions anatomiques dont ils sont le siège. Ces phénomènes peuvent avertir quelquefois le médecin intelligent; mais le plus souvent ils passent inaperçus, ou la lésion anatomique préoccupe plus par son état actuel que pour les accidents ultérieurs.
A peine si l’organe est le siège de pesanteur, de tiraillements ou de douleur, quelques heures ou quelques minutes avant sa rupture. Le plus souvent, au contraire, la rupture arrive à l’improviste : c’est un cri de la femme ou le bruit d’un craquement qui l’annoncent ; et, comme ces ruptures s’opèrent presque toujours dans des tissus ou au sein de cavités profondes, c’est ordinairement par des signes rationnels qu’elles se révèlent au médecin.
Ces symptômes varient suivant l’organe , l’étendue de
* Fractical méd. vitry. London, 1808, p. 429, etc.
la rupture et les accidents immédiats qu’elle entraîne. Ce sera une simple douleur locale, lorsqu’il s’agira d’une fracture ou d’une déchirure sans épanchement de sang abondant. Dans les déchirures du périnée , la femme le plus souvent n’a même pas la conscience de ces ruptures, tant les douleurs de l’enfantement sont grandes. S’agit-il ^ au contraire, d’une rupture viscérale, la douleur locale est peu de chose en comparaison des troubles généraux. Ce sont alors les symptômes des hémorragies graves qui se manifestent et que je n’ai pas besoin de décrire ici. La rupture même de la vessie, ou d’un kyste dans la cavité péritonéale a des symptômes immédiats qui se rapprochent de ceux de la rupture utérine.
S’agit-il d’une rupture de vaisseaux dans le voisinage du canal vulvo-vaginal , c’est alors la formation subite d’une tumeur qui annonce l’accident , et l’infiltration ecchymotique ne tarde pas à paraître sous les téguments 5 s’agit-il , au contraire, d’un épanchement dans la cavité céphalo-rachidienne, ce sont les troubles nerveux et surtout la paralysie qui annoncent la rupture. Lorsque le cerveau, le bulbe rachidien, le cœur et les gros vaisseaux ou le poumon sont le siège de la rupture , la mort peut être instantanée.
Si les grands centres de vie n’ont pas été profondément atteints, et surtout que l’hémorragie n’ait pas été trciahondante, dans ces cas le travail de l’accouchement, après quelques instants de suspension, peut reprendre et même se terminer spontanément.
Les choses cependant ne se passent pas ainsi si le corps utérin est le siège de la rupture, et surtout si le produit est passé en entier ou en partie dans la cavité péritonéale.
Alors tout travail s’arrête, le ventre se déforme ^ la femme, après avoir senti une chaleur insolite se répandre dans la cavité abdominale, perçoit les mouvements actifs sur des points où elle ne les avait jamais sentis ; mais bientôt ces mouvements cessent , car le fœtus meurt dès qu’il quitte la cavité amniotique.
Voilà, en peu de mots, le tableau de la première phase des ruptures. Arrivons à la seconde^ et , encore ici, les phénomènes seront variés suivant le siège et l’étendue de la rupture, suivant les accidents immédiats qu’elle a produits, et suivant d’autres conditions faciles à saisir.
B. fa nature procède ici à la réparation j mais ses moyens ne sont pas toujours suivis d’un heureux effet , et si Ton a vu plusieurs fois les ruptures se guérir complètement, avec ou sans les secours de l’art, on en voit bien plus souvent encore se terminer par la mort, par d’autres accidents, ou par des infirmités.
Les ruptures du périnée et de la vulve qui, comme nous le verrons plus loin, même dans les cas les plus graves, ont pu se terminer par la réunion immédiate ou secondaire des bords de la plaie , ces divisions se cicatrisent le plus souvent séparément. La femme alors perd involontairement ses excréments, si le sphincter anal est largement divisé. Si le plancher périnéal manque seul, elle éprouve des tiraillements continuels dans les lombes et les symptômes d’un abaissement de matrice. Enfin si la rupture n'a entamé que le replis muqueux ou la peau delà fourchette, la guérison s’opère sans laisser d’infirmité. Les cas de perforation du périnée qui sembleraient devoir être les plus graves, sont, auconiraire, faciles à se guérir.
La réparation des ruptures du canal iiuùo-vaglnal est
beaucoup moins aisée. Le sang épanché , la présence du produit dans le péritoine ou rengagement des intestins dans la rupture , déterminent des phénomènes de réaction qui sont le plus souvent mortels. D’autres fois cette réaction même établit autour du produit un sac membraneux qui isole les parties environnantes du corps étranger ^ plus tard ce kyste absorbera le contenu, ou, en s’ulcérant, il l’éliminera au dehors.
Ce que je dis des épanchements de la cavité péritonéale, je le dirai de ceux qui s’opèrent dans les autres cavités ou dans le parenchyme des tissus. La partie la plus liquide du sang est résorbée tout d’abord, puis la partie solide, et souvent après plusieurs mois toute trace d’épanchement a disparu. Une cicatrice indique seule le siège où la rupture avait eu lieu.
G. Les symptômes, la marche et la terminaison des ruptures qui s’opèrent chez le fœtus ne nous arrêteront pas longtemps. Les ruptures du cordon ont pour symptôme l’hémorragie, et si l’accouchement n’est pas assez prompt pour que l’enfant respire, la mort en est la conséquence. Pareil résultat a lieu dans les ruptures viscérales du fœtus.
Lorsque le squelette est seul le siège de ces solutions de continuité, l’altération des formes de la partie lésée est un symptôme qui frappe même les personnes étrangères à l’art. Ces lésions, s’il n’y a pas d’autre complication, ne sont pas très-graves, et les enfoncements du crâne, comme les fractures des membres, se guérissent assez souvent sans laisser de trace appréciable. La fracture de la deuxième vertèbre cervicale, au contraire, est toujours mortelle. Les épanchements sanguins chez l’enfant se résorbent avec promptitude; aussi, lorsqu’ils ne sont pas assez forts pour
produire des accidents primitifs mortels, sont-ils moins dangereux que chez l’adulte.