CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES. ■■ — DIVISION
Avant d'étudier les ruptures traumatiques, il me semble utile de rappeler quelques points de l'anatomie de Turèthre, qui rendront plus compréhensibles les détails dans lesquels je vais entrer.
Mais je me contenterai d'indiquer rapidement les seuls points essentiels qui peuvent être utiles pour le sujet que je traite, en examinant successivement la structure du canal et sa position par rapport aux plans aponévrotiques et surtout par rapport au squelette.
L'urèthre, canal excréteur de l'urine, commence au niveau de la partie inférieure de la vessie. Situé à son origine dans la cavité pelvienne, ce conduit traverse d'abord la prostate, puis il perfore le diaphragme fibro-
musculaire, véritable cloison qui ferme l'ouverture inférieure du bassin. Il s'engage alors dans une sorte de gaine érectile, le corps spongieux de Turèthre qui l'aocompagne jusqu'à son extrémité libre et où il forme le gland.
En traversant ces différentes régions, Turèthre se trouve donc entouré de tissus variés, qui lui sont annexés avec une telle intimité, qu'ils forment corps avec lui. Aussi a-t-on divisé Turèthre en trois portions distinctes: une portion prostatique, une portion comprise dans l'épaisseur du diaphragme uro-génital, portion mem^ braneuse ou musculeuse^ et une portion spongieuse.
La muqueuse uréthrale est donc la seule partie constituante du canal qui soit commune à toute sa longueur. Les autres tissus extérieurs sont, comme leur nom l'indique, de nature bien différente.
Or, comme ces éléments si variables peuventavoir une influence considérable, non-seulement sur les caractères anatomiques de la rupture, mais aussi sur son mécanisme, il est nécessaire d'insister sur leur disposition.
La muqueuse, uniformément épaisse d'un demi-millimètre, ofîreune couleur d'un blanc jaunâtre analogue à celle de la face interne des artères, lorsque ses capillaires sont vides de sang ; elle est, de l'avis de tous les anatomistes, assez peu résistante aux pressions directes. Cependant elle résiste plus facilement aux tractions en vertu de son élasticité.
Le chorion de cette muqueuse est, en effet, composé de tissu conjonctif renfermant une forte proportion de fibres élastiques. C'est par le fait de cette élasticité, qu'on peut rapprocher de celle des artères, que les deux bouts de la muqueuse séparée en travers s'éloignent ou se
rétractent à une certaine distance. Cette richesse en fibres élastiques explique ce fait que, coipme dans les ligaments et les artères, la muqueuse uréthrale, une fois détruite par ulcération, ne se régénère que lentement et très-mal, c'est-à-dire que les Qbres élastiques, ne se reproduisent que lentement et imparfaitement, et ce n'est que du tissu cicatriciel inodulaire qui se produit. Ce tissu nouveau forme un épaississement localisé avec tendance à un retrait incessant, comme dans le cas des cicatrices du derme.
Les rétrécisseioaents ainsi formés sont donc incurables parce qu'au lieu de fibres élastiques, il ne se forme que des tissus fibreux inextensibles.
Telle est l'opinion de MM. Robin et Cadiat (1).
La portion prostatique de la muqueuse forme corps avec la glande; mais comme cette région est trèsexceptionnellement le siège d'une rupture traumatique, je n'y insisterai pas.
Dans la portion membraneuse, une couche de fibres musculaires, emprisonnée entre les deux couches fi- 'breuses du ligament de Carcassonne, enveloppe complètement la muqueuse. Grâce à cette disposition, Turèthre est fixé par les aponévroses; immobilisé, pour ainsi dire, il ne peut fuir devant les corps contondants, et le déplacement des plans aponévrotiques peut le déchirer.
La partie spongieuse de Turèthre commence dans le point oii le canal est entouré par une gaîne do tissu érectile.
Le point où finit la portion membraneuse et où commence la portion spongieuse est assez difficile à déli-
(1) Journal de VAnatomie et de la physiologie, 1874, p. 516.
miter d'une façon exacte. Aussi Cruveilhier (1) fait-il observer que « le renflement bulbaire étant formé aux dépens de la moitié inférieure seulement de la circonférence de Turèthre, les limites supérieures entre la portion membraneuse et le bulbe ne sont établies que par la différence de structure. »
Richet, au trontraire, assigne à la portion membraneuse une limite précise, c'est le collet du bulbe.
C'est également à ce niveau que je place le commencement de la portion membraneuse. Par conséquent Turèthre, à sa sortie de l'aponévrose de Carcassonne, est pour moi entouré par le tissu spongieux.
Cette délimitation a d'autant plus d'importance que nous verrons dans le courant de ce travail des discussions s'élever à propos du siège des ruptures, et une confusion s'établir entre la portion membraneuse proprement dite et la partie qui est recouverte inférieurementpar le renflement bulbaire. La nature différente des tissus qui entourent ces deux portions du canal explique suffisamment cette distinction, d'autant plus qu'elle joue un rôle considérable dans le mécanisme et* Fanatomié pathologique des ruptures. J'ajouterai que le corps spongieux est limité par une membrane fibreuse inextensible, qui présente une certaine résistance, aussi peut-elle rester intacte alors que le tissu sous-jacent est dilacéré avec facilité.
Si ces variations de structure du canal de l'urèthre sont importantes au point de vue de la nature des lésions qui accompagnent la rupture, il faut tenir compte aussi du trajet qu'il parcourt à travers les diff'érentes couches
(1) 4e édit., 1865, t. II, p. 407.
du périnée. Les aponévroses limitent des régions, des espaces qui jouent un certain rôle dans la marche des épanchements urineux ou sanguins; enfin, il n'est pas jusqu'au pubis, autour duquel Turèthre semble tourner en embrassant son bord inférieur, qui ne soit pour Turèthre un dangereux voisinage lorsqu'un corps contondant atteignant le périnée tend à l'écraser contre les os du bassin.
Ces rapports, variables suivant la région, ont fait accepter une autre division de l'urèthre en portion pénienne, portion périnéale antérieure et portion périnéale profonde.
Cette nouvelle division a surtout de Tintérêt au point de vue des causes de la rupture traumatique. La mobilité de la région pénienne, la situation de la partie périnéale antérieure qui se trouve placée devant la symphyse et audessous de son bord inférieur tranchant, au sommet de l'ogive formée par les branches ischio-pubiennes ; enfin la position profonde et la fixité de la portion membraneuse ou périnéale profonde, expliquent suffisamment ces différences sur lesquelles nous reviendrons quand nous étudierons le mécanisme des ruptures.
Aussi ces divisions seront-elles souvent utilisées.
Je terminerai en faisant remarquer que toujours, dans le courant de ce travail, je considérerai l'urèthre non pas comme limité seulement par la muqueuse, mais bien comme ayant des parois épaisses, variables suivant les régions, et en insistant sur ce fait que le corps spongieux fait partie des parois de l'urèthre. Le rôle considérable que le corps spongieux joue dans la rupture de la portion de l'urèthre qui lui correspond expliquera Tinsistance avec laquelle j'appelle l'attention sur ce point.