‹ Des ruptures de l'urèthreChapitre 4 sur 16 · B. LÉSIONS DES PARTIES VOISINES · texte numérisé non relu

B. LÉSIONS DES PARTIES VOISINES

Les lésions immédiates qui accompagnent les ruptures de Turèthre, et qui sont provoquées par la même cause que la rupture, sont assez nombreuses. Elles sont importantes à cause des complications qui peuvent en résulter.

Dans la région périnéale antérieure on trouve principalement des décollements sous-cutanés ou sous-aponévrotiqueS; situés sur la ligne médiane, ou latéralement. Ils peuvent devenir le siège d'épanchements sanguins, plus ou moins abondants, selon leur étendue, et qui constituent en partie ce que nous décrirons plus tard sous le nom de tumeur périnéale.

Ces foyers peuvent s'enflammer et devenir le point de départ d'un phlegmon.

Le plus souvent ils ne communiquent pas, au moins au début, avec la rupture de Turèthre ; on les- a cependant confondus avec des infiltrations d'urine, et l'inci sion pratiquée pour évacuer cette soi-disant infiltration, ne faisait rencontrer qu'un foyer sanguin. D'autres fois ils communiquent avec la lésion uréthr aie, et la plaie du corps spongieux verse du sang dans cette cavité artificielle.

Ces décollements peuvent s'étendre profondément; ainsi, on a trouvé l'aponévrose de Carcassone décollée de ses attaches latérales, et le foyer se prolongeant jusque dans la fosse iliaque.

M. de Saint-Germain (1) rapporte un fait de ce^enre. Le malade étant tombé à califourchon sur une porte

(1) Bulletin de la Société anatomique, 1866, p. 259.

à demi-ouverte, il y eut hémorrhagie par l'urèthre. On dut pratiquer le cîathétérisme et on laissa une sonde à demeure. Le sixième jour il fallut inciser une tumeur urineuse du périnée, le douzième jour survinrent des frissons, le malade succomba le dix-huitième jour. A Tautopsie on trouva une rupture bulbaire^ La déchirure communiquait avec une caverne qui comprenait toute la fosse ischio -rectale gauche et une partie de la région périnéale inférieure droite dont la peau était amincie.

Quelques observations signalent aussi la déchirure du ligament triangulaire sôus-pubien.

Le décollement de la racine du corps caverneux, son arrachement au niveau de la branche ischio-pubienne ont été aussi observés. Si nous en croyons le résultat de nos expériences, le tissu érectile des corps caverneux doit être souvent rompu et dilacéré par la contusion. Mais leur enveloppe fibreuse est tellement résistante que le foyer n'est pas ouvert et ne communique pas avec les plans du périnée. Aussi cette lésion passe-t-elle inaperçue ; peut-être donne-t-elle seulement comme phénomène primitif une douleur localisée, et comme phénomène consécutif une difficulté de Férection.

La fracture du pubis se rencontre également quelquefois à la suite de contusion périnéale. Elle résulte de ce que le corps contondant, animé d'une grande vitesse, n'a pas épuisé complètement son effet sur les parties molles, et qu'il a brisé l'os qui servait de point d'appui (1). J'appellerai cette fracture, fracture secondaire ou concomitante, pour la différencier d'une autre variété, qui s'en distingue surtout par ce fait que la fracture du pubis est la cause de la rupture de l'urèthre.

(1) Beckel. Soc. mêd., 1868, p. 230.

Cette seconde variété se rencontre lorsque la contusion a porté sur le bassin et non pas sur la région de l'urèthre, et a produit, malgré cela, une rupture du canal.

Quoi qu'il en soit, le trait de la fracture peut se présenter, par rapport au foyer de la rupture, dans deux conditions différentes, qui ont une grande valeur au point de vue des suites et des complications. Si la fracture communique avec le foyer, il pourra y avoir menace d'ostéo-myélite et d'accidents graves. Si au contraire elle ne communique pas» la fracture pourra guérir dans de bonnes conditions et ne laisser aucune trace dans l'avenir.

Il faut ajouter aussi que dans la fracture concomitante ou secondaire souvent il n'y a pas de déplacement, car le périoste est conservé, et qu'on ne vérifie ce fait qu'à l'autopsie. La plupart dds fractures que j'ai produites dans mes expériences sur le cadavre présentaient ce caractère.

Il peut exister des désordres de voisinage plus étendus encore que ceux que je viens de signaler. On peut en , trouver, par exemple, du côté du rectum et des organes du bassin. Mais ils sont, le plus souvent, le résultat de contusions par des corps anguleux ou de chute sur ces mêmes corps. Témoin ce fait de Ghopart (1) : Un maçon tomba du haut d'un échafaudage sur une pierre anguleuse. Il vécut deux jours. On trouva le corps de la vessie détaché des pubis, la région de l'anus enfoncée de quatre pouces de profondeur dans le bassin avec déchirement irrégulier des téguments, du

(i) Chopart. Traité des maladies des Toies urinaires, t. Il, 1792» p. 46e-467.

sphincter et d'une partie du périnée; Turèthre entièrement rompu dans l'endroit où il est embrassé par la prostate, etc.

Enfin la rupture de Turèthre peut s'accompagner de déchirure de la peau. Ce point mérite de nous arrêter un instant ; cette déchirure de la peau peut se présenter sous deux formes :

Dans l'une, la plaie cutanée ne communique pas avec le foyer de la rupture uréthrale, tout au plus y a-t-il un décollement sous-cutané sans lésion importante.

Dans l'autre» au contraire, la plaie est plus profonde, et arrive au voisinage du foyer de la rupture ou même l'atteint et communique avec lui.

Dans ce dernier cas, peut-on dire qu'il y a rupture de l'urèthre telle que nous l'avons définie? Ne devrait-on pas placer ces faits dans les plaies contuses?

La réponse à cette question peut-être embarrassante. Cependant je rangerai parmi les ruptures de l'urèthre les quelques faits de ce genre, qui reconnaissent le mécanisme ordinaire des ruptures, sans lésion de la peau. Dans ces cas, la plaie périnéale peut être due à la forme spéciale du corps contondant. Ces faits du* reste, sont rares, je n'ai pu relever, dans les observations que j'ai colligées, que sept cas de ruptures avec plaies du périnée.

Sur ces cas, deux indiquent la présence de plaies superficielles n'intéressant que la peau.

. Dans deux observations de Giraldès (1), à la suite d*une chute à califourchon sur un corps anguleux, il y eut plaie profonde du périnée avec rupture de

(1) Gaz. des hôp., 1867, p. 453, et Bull. Soc. de chir. 1875, p. 462.

l'urèthre; mais on n'indique pas si la plaie communiquait avec le foyer du canal.

Une autre, de Wilmann fl), nous montre une plaie communiquant avec le foyer de rupture uréthrale à la suite d'une chute à califourchon sur une planche.

L'observation inédite de M. Wilmann signale une plaie légère du sillon génito-crural par le même mécanisme.

Dans la région pénienne^ la lésion concomitante la plus fréquenle est la rupture d'un ou des deux corps caverneux; nous verrons, à propos du mécanisme de cette rupture, les caractères qu'elle présente.

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