‹ Des ruptures de l'urèthreChapitre 8 sur 16 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Le diagnostic ne présente pas ordinairement de grandes difficultés.

Les commémoratifs jouent ici un grand rôle, car il est rare que le malade ne donne pas des renseignements précis sur la façon dont s'est produit l'accident.

L'examen du linge du malade, ou de l'extrémité du méat, faisant reconnaître l'hémorrhagie, la rétention d'urine, le volume exagéré de la vessie distendue, la douleur localisée, et la tumeur périnéale, quand elle existe, ôteront bientôt toute hésitation.

Cependant une contusion du périnée sans lésion uréthrale peut donner le change ; d'autant plus qu'elle s'accompagne quelquefois de rétention passagère d'urine. On pourra, dans ce cas, penser à une lésion interstitielle sans déchirure de la muqueuse , et par conséquent sans uréthrorrhagie. Il faut, dans ce cas, réserver le diagnostic.

Quand on a reconnu la réalité d'une rupture de Turèthre, il faut chercher à en préciser le siège.

Le siège de la rupture sera constaté par plusieurs moyens, mais tous ne sont pas aussi sûrs, et surtout ils ne sont pas tous inoCTensifs.

Le point où existe le maximum de la douleur peut constituer un indice précieux et suffisant le plus souvent quand la contusion est assez limitée. En parcourant le trajet du canal avec le doigt, et en pressant légère-

ment, on peut ainsi déterminer le siège avec une certaine précision.

La trace extérieure laissée par le corps contondant, une ecchymose au même niveau permettent encore d'arriver au même résultat.

Mais aucun moyen n'est préférable au cathétérisme. Malheureusement, l'introduction d'un explorateur n*est pas toujours inoflFensive. MM. Gosselin, Guyon, et plusieurs autres chirurgiens proscrivent ces explorations dans les cas graves, d'autant plus que les autres symptômes indiquent assez nettement la déchirure et son siège probable.

Cependant, dans les cas légers ou de moyenne gravité on peut, avec un explorateur à boule, chercher à reconnaître le siège exact de la lésion. On peut aussi, par ce moyen, dans les cas où il n'y a pas d'uréthrorrhagie, savoir à quel niveau le foyer de rupture interstitielle a repoussé la muqueuse et effacé le calibre du canal.

Il faudra dans toutes ces explorations se mettre en garde contre une cause d'erreur, qui consiste à croire que l'explorateur a pénétré dans la vessie, alors que l'instrument a atteint une poche remplie de caillots et d'urine ou un décollement considérable du périnée. Le toucher rectal pratiqué à ce moment lèvera tous les doutes et les incertitudes, car il permettra de reconnaître si le cathéter atteint le bec de la prostate et parcourt ainsi le chemin normal.

Mais le diagnostic peut être embarrassant dans certains cas particuliers. J'en citerai deux exemples :

 la suite d'une fracture du bassin et du pubis, il n'est pas toujours facile de savoir s'il y a rupture de l'urèthre dans sa partie profonde ou au contraire rupture de la vessie.

Dana ce dernier cas, l'explopation par le cathéter ne donne pas toujours des renseignements précis. En effet, dans le cas de rupture de Turèthre, si le bec de Tinstrumotit va se perdre dans les couches profondes du périnée, la sonde peut ne pas ramener d'urine. On sait que ce fait est un des signes les plus constants de la rupture de la vessie. Le meilleur caratère différentiel sera, si Ton a véritablement affaire à -une rupture de Turèthre, la présence d'une tumeur siégeant à Thypogastre, formée par la vessie distendue, tumeur qui fera défaut dans le cas contraire.

Une erreur d'un autre genre aurait pu être commise dans un cas que j'ai observé dans le service de M. Gusco que je remplaçais cette année à T Hôtel-Dieu.

Un jeune homme de 20 ans, brun et pâle, avait eu plusieurs blennorrhagiés légères mais persistantes . Il n'avait plus qu'un suintement léger le matin, lorsque, une nuit, en pratiquant le coït, il eut, sans douleur, sans aucune sensation désagréable, une uréthrorrhagie abondante. Il entra à l'Hôtel-Dieu le matinmême, et je constatai que l'uréthrorrhagie ^(îontinuait.

Gomme la vessie était distendue, je pratiquai le cathétérisme qui se fit sans aucune douleur, et trouvai la vessie pleine de caillots.

L'uréthrorrhagie s'arrêta dans lajournée, et ne reparut que légèrement les jours suivants.

Le malade me raconta avoir déjà eu six mois auparavant un accident do même nature, mais l'uréthrorrhagie avait été peu abondante.

On pouvait se demander s'il ne s'était pas produit une rupture de Turèthre. Mais il était évident que j'étais en présence d'une hémorrhagie jvésicale et non uréthrale.

Bien que le touoher rectal ne m'indiquât qu'une légère altération de la prostate, je n'hé»itai pas à déclarer que nous avions affaire dans ce cas à une de ces hématuries qui précèdent les premiers symptômes de la tuberou*lisation des organes génitaux; hématuries que j'ai signa^ lées depuis plusieurs années^ et dont mon ami, le D^Stapfer a fait, à mon instigation* Tobjet de sa thèse inau* gurale (1).

La suite me donna raison ; quinze jours après le malade revint dans le service avec une nouvelle hématurie , cette fois spontanée « et un épididyme malade. Bientôt la prostate et les deux épididymes furent atteints et le diagnostic devint indubitable.

Enfin je signalerai encore comme pouvant donner lieu à une erreur, ou du moins comme étant souvent mécon nues, les ruptures légères qui surviennent dans le ooït. L'uréthrorrhagie peu abondante, la douleur peu accentuée font croire à une lésion insignifiante^ et cependant le rétrécissement souvent rapide qui succède à cette lésion d'apparence légère indique qu'il ne fallait pas la négliger. Dans certains cas ce n'est qu'en interrogeant avec soin les malades qu'oa peut leur faire donner des renseignements sur ce léger accident primitif.

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