‹ Des Ruptures de la RateChapitre 10 sur 13 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Le 12 snars 1892 Auguste À... entre à l'hôpital civil de Mustapha pour une douleur du côté gauche qu’il dit ressentir depuis deux jours,

Cet homme qui a 37 ans est né en Algérie. Il a déjà chèrement payé son tribut au climat car il a été à bien des reprises atteint par la malaria. I] à eu son premier accès de fièvre intermitcente à Maison- Carrée à l’âge de quatre ans. À douze ans, la malaria reparaît de nouveau, dure deux mois (juillet, août 1867) pour le laisser tranquille jusqu’en 1875. Depuis cette époque, il a été tous les ans pendant Ja saison chaude, pris d'accès de fièvre. l’année précédente, l'été de 1891, lui a été particulièrement pénible. La fiévre qu’il parvenait bien à couper pendant quelques jours au moyen de la quinine revenait peu de temps après et persistait avec acharnement. fo

À part son paludisme cet homme n’aeu à souffrir d'aucune autre maladie. Il n’est pas diathésique. Voici d’ailleurs comment il raconte l'accident quia amené son entrée à l'hôpital.

Le 10 mars 1892 son travail de la journée, une fois achevé il se disposait à rentrer chez lui lorsqu'ilglissa sur le trottoir et tomba. Dans sa chute le côté gauche alla porter sur une branche d’arbre, Il ne ressentit sur le moment, qu'une douleur très légère, put se relever, aller chez lui, monter deux étages et se mettre au lit. À peine couché, la situation change: la douleur au côté gauche devient très violente, l'empêche de dormiret ne fait que

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s’accroitre jusqu’au 12 mârs, jour de son entrée à l'hôpital. |

À la visite du léndemain, le docteur Trabut, dans le service duquel ce malade a été envoyé, constate tous les symptômes d’une péritonite en voie'de formation. Le facies test grippé, les yeux excaves;, le pouls petit, filiforme, les vomissements sont ver ‘as tres et fréquents: Le! ventre’ est tuméfié et doulou: reux,surtout dans l’hypochondre gauche. Cette région est sensible ‘au ‘point de ‘ne! pouvoir’ supporter la plus petite pression. Le professeur Trabut se 'souvient à ce moment qüe l’année précédente cé malade a été soigné dans son'Service pour de la malaria el que sa rate était déjà à cette époque consid r'ablement-hypertrophiée.

Rapprochant ces faits des renseignements: fournis par le malade: sûr l’aceident qui lui étaitiarrivé, eavisageant la rapidité des complications, il pense à une déchirure:de larate avec commencement de péritonite. Il ‘ordonne alors du‘repos, de la glace et de l’opium. Nous trouvant de garde à l'hôpitalidans la nuit du 15 au 16. mars, nous sommes : appelé par, ce malade dont les ‘vomissements étaient plus fréquents et! la douleur-plus :intense. Nous lui faisons alors une injection hypodermique de un centigramme de morphine et da nuit achèys assez tranquillement: [Hob é.T :f rl 6 zroïrolmol

Mais le 1étiddmtih le ERE Traké SAR qué la tuméfaction abdominale avait encore augmenté, juge qu'une intervention chirurgicale peut devenir nécessaire et évacue son malade salle Her ney dans le service du docteur Vincent. :

Le malade nous apparaît alors dans un état de

prostration considérable, le facies estgrippé, terreux, le pouls petit, la température est de 38°5. Le ventre toujours ballonné est très douloureux à la pression. Mais tandis que l’on peut constater, à la percussion du tympanisme sur la partiedroite du ventre située en dehors du muscle droit, on constate au contraire danslarégionombilicaleetdans l'hypochondregauthe une matité absolue qui va en haut jusqu’au quaième espace intercostal et en bas jusqu’à une ligne qui est située. à trois travers de doigt au-dessus de l’épine du pubis: Plus d'espace de Traube. Le cœur est :refoulé derrière le sternum. La dyspnée, assez considérable est due à un épanchement pleural concomitant,.

Du côté du tube digestif les désordres sont très accentués, le maläde vomit tout. À peine a-t-il bu une gorgée de liquide: qu’ellé est immédiatement readue. On lui donne des boissons glacées on lui fait mettre une poche de glace sur le ventre.

Les symptômes conservent la même gravité jusqu'au 20 mars.

Le 21 mars, tout à coup, sans que rien n’ait pu le faire prévoir, on constate, à la visite du inatin une amélioration sensible. Le faciès est meilleur, le pouls a repris plus d’ampleur, les vomissements sont beaucoup plus rares: Le ventre est toujours tuméfié et douloureux à la pression. La douleur est pourtant beaucoup moins intense qu'au début. |

Mais à ce moment, la dyspnée qui est assez considérable, le cœur qui ést comprimé font encore courir au malade un bien grand danger. Aussi et après avoir reconnu l'existence d’une grande collection liquide dans la région ombilicale et dans

l’hypochondre gauche le docteur Vincent pense-t-il à intervenir chirurgicalement. L'opération: qui aura pour but de donneriissue au sang'épanché dans la cavité abdominale! pourra être supportée par le ma: lade dont l’état général est meilleur. Elle devient d’ailleurs nécessaire, à cause de 1Hasphyre qui le ménace sans cesse.

Aussi est-elle décidée pour le lendemain. On com: mence par faire une ponction aspiratrice avec l’appareil de Potain: Cette ponction donne issue à du sang presque pur. Devant ce résultat, le malade est immédiatement chloroformé et une incision est pratiquée sur la partie externe du muscle droit gauche.

La cavité abdominale aussitôt ouverte, ils’ échappe une grande quantité de sang et de caiïllots noirâtres. L'introduction des doigts dans l'abdomen facilite l'évacuation des’ éaillots contenus dans cette vaste poche qui a -une profondeur ‘de neuf centimètres vers la partie inférieure;/ et de! seize centimètres du côté. du. diaphragme. Le fond. de. cette poche est tapissé par .la rate qui est considérablementhypertrophiée et remplit une grande partie de l'abdomen. Le volume du sang qui avait trouvéissue dans cette cavité peut être évalué au moins à deux litres et demi. Il s'était échappé d’une solution de continuité située sur la face externe dé:la rate. En promenant les doigts sur.cette partie de. ce viscère on pouvait sentir un cordon assez, nettement induré;, cordon recouvert d’exsudats que. le Professeur Vincent n’a pas voulu enlever dans l’intérêt du blessé. Cette cavité fut nettoyée par un grand lavage à l’eau bouillie qui acheva l’expulsion des derniers caillots. La

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Hole.

poche fut drainée et un grand pansement antiseptique appliqué.

Gette intervention n'eut d’ailleurs que des suites heureuses : les vomissements, la dyspnée disparurent le jour même de l’opération: la douleur persista encore quelque temps, mais alla tous les jours en diminuant. Le malade qui avait maigri considérablement reprit des forces et de lembonpoint. Le thermomètre ne monta jamais jusqu’à 38°. La cavité se combla petit à petit. Au bout de trente jours les drains furent enlevés et trois mois après son entrée à l'hôpital le malade sortait en ne portant comme traces de son affection qu'une petite plaie absolument superficielle. et couverte de bourgeons Charnus en pleine voie de cicatrisation.

Voici donc un cas bien certain de rupture de, la rate suivi de guérison. C’est une chose qui se voit bien rarement dira-t-on. Mais est-ce bien un fait aussi exceptionnel qu’on le croit généralement? Il doit être au contraire bien plus vrai de dire que l’on ne connait pas tous les cas de ruptures de la rate suivis de guérison. C’est qu’en effet il faut. un cas particulier comme celui que nous avons pu observer; pour avoir une certitude complète. À côté de cela combien a-t-on vu d'individus subir un choc du côté de l'abdomen dans l’hypochondre gauche, avoir des symptômes légers de péritonite, de la douleur et guérir? Les cas de ce genre ne sont pas classés comme ruptures de la rate et le diagnostic de déchirure de ce dernier viscère n’a pas été porté,

Hn’ya rien d'étonnant que des ruptures légères (et elles existent puisqu’à la nécropsie de certains individus morts d’une maladie quelconque on a trouvé d'anciennes cicatrices de raptures de la rate) ne soient pas diagnostiquées quand on voit des individus mourir d’une déchirure traumatique de la rate sans que le diagnostic ait été porté. C'est presque toujours post mortem, sur la table d'amphithéâtre que le vrai diagnostic est fait.

Collin qui s’est particulièrement attaché à décrire ce. genre d'affection, avoue « qu’il n’a jamais ce «qu’on appelle diagnostiqué une rupture dela rate, « qu’il n’a fait que la Soupçonner,-malgré Les faits « de ce genre qu'il avaitété à même d'observer an- « térieurement. » | |

Ce pronostic si fâcheux, si désespéré des ruptures de la rate assombri par des statistiques qui ne relatent que des cas mortels deviendra beaucoup moins fatal dans la suite quand l'éveil sera donné. D'ailleurs, comme ledit M. le professeur Vincent (loco citato) « j'ai la conviction qué lé nombre de «ces guérisons augmentera le jour où lattention «sera davantage éveillée sur ce genre de lésions.et «où l’on arrivera à réunir un ensemble de signes « assez nets pour que le diagnostic s'impose. »

Il nous a été. donné de constater un autre cas de déchirure traumatique de la rate, qui, lui aussi, a très bien guéri, Gette déchirure purement accidentelle. a été faila chez rime malade À faquelle où

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croyait enlever un kyste de l'ovaire. Cest pénidant l'opération, alors que M. Vincent essavait de dégager la tumeur dés adhérences qui l'éntouraïéht de touté part, qu'a été produite 14 déchirure dé la rate. Voici d’ailleurs l'observation de cêtte malade.

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