‹ Des Ruptures Tendineuses Sus-RotuliennesChapitre 10 sur 43 · SIGNES: RATIONNELS · texte numérisé non relu

SIGNES: RATIONNELS

A. Douleur.— La douleur est un signe constant. Dans toutes nos observations nous la retrouvons avec ses caractères d’acuité. Elle se produit toujours pendant l'effort mème qui cause la rupture du tendon. Elle est vive, déchirante, et cesse ordinairement lorsque le malade tombé, le membre se trouve placé dans l’immobilité ; mais elle réapparait au moindre mouvement pour ne cesser parfois que longtemps après l'accident, pendant les mouvements volontaires de la jambe. Elle est exactement localisée au point où l’on rencontre la solution de continuité, et la pression peut parfois la faire reconnaitre, mème lorsque les mouvements ne la provoquent plus.

À quoi attribuer cette douleur si vive et si constante? Même en admettant avec M. Sappey les nerfs décrits par lui dans le systéme tendineux, il est un fait constant, c’est que les tendons ne sont pas sensibles ou le sont peu. C'est un fait de constatation journalière, et M. Sappey le reconnait Iuismèême en assignant à ces nerfs un rôle purement trophique. M. Richet professe cette opinion, et la découverte des nerfs dans les tendons n’a pas modifié sa manière de voir. Faut-il, avec Flourens, attribuer à l’état de maladie du tendon la sensibilité anormale qu'il présente et voir [à un signe con-

firmatif de la iésion tendineuse que nous sommes portés à admettre? Mais cet état de sensibilité n'a jamais été constaté avant l'accident.

Est-ce à la déchirure constante de la synoviale qu’il faut rapporter la douleur ? L'objection déjà faite pour le tendon est ici applicable dans toute sa rigueur; la synoviale n’est pas sensible ou l’est peu. Nous connaissons enfin deux observations de rupture incomplète (Guérin, Levillot). La synoviale était intacte et la douleur n'avait pas fait défaut. Quelques auteurs ont rapporté au tiraillement du périoste la vive douleur ressentie par le malade. La localisation ne permet pas de soutenir cette hypothèse.

Nous croyons que c’est à la déchirure des filets nerveux destinés à l'articulation ou aux parties molles voisines et plongées dans le tissu cellulaire que ce symptôme doit être rapporté. La lésion du tissu cellulaire n’est pes douteuse, l’'ecchymose en fait foi. Si cette douleur réapparait pendant les mouvements et à la pression, c’est que la contraction musculaire tend à augmenter la déchirure produite et les tiraillements; la pression porte sur des filets lésés et nous ne devons pas être étonnés de son effet.

B. Pruil de craquement. — I] est loin d’être constant. Au moins n'est-il signalé que dans un certain nombre des faits que nous avons pu recueillir. D'ailleurs il peut s'être produit sans que le blessé, occupé de la vive douleur qu'il ressent et de sa chûte imminente, l'ait perçu.

Albert Delon d]

Il a souvent été comparé à un coup de fouet : d’après Binet le voisinage des os ne serait pas sans influence

sur sa production.

C. Chüte. — La chüûte est le résultat et non la cause de la rupture. Même dans les cas où la chûte semble être cause, comme dans les ruptures par chute avec flexion forcée des jambes sur les cuisses, la rupture a lieu avant la fin de la chûte (Bérard). Son mécanisme est trop clair pour avoir besoin d’être indiqué.

D. Position du membre. — Après sa chûte le malade remarque que la jambe est dans la demi-flexion. L’action des fléchisseurs n'étant plus combattue par celle des antagonistes explique le fait. D'ailleurs, cette position peut être changée par le malade soit avec ses mains, soit même parfois en contractant son triceps; mais Ja vive douleur qui accompagne cette contraction lempêche alors même d'essayer. Dans le décubitus dorsal le poids du membre suffit pour ramener la jambe dans

l'extension.

E. Impuissance fonctionnelle. — Le blessé ne peut que dans des cas exceptionnels se servir de son membre. Et cela grâce à la conservation des vastes, encore les mouvements que ceux-ci provoquent sont-ils très-limités et rendus impossibles par la douleur, en tout cas ne

tue —…

vont-ils jamais jusqu’à rendre la marche possible, même avec l’aide d'une canne.

Le blessé ne peut ni se tenir debout, ni étendre la jambe. Étendu sur un lit, il ne peutsoulever sa jambe, et si un assistant la soulève pour lui il ne peut la maintonir dans cette position. Dans les observations même où la rupture était incomplète, nous voyono signalée cette impuissance fonctionnelle.

Le malade ne peut faire un pas en avant : mais il peut marcher à reculons (voir l’observ. du docteur L...)

Page 1