SIGNES PHYSIQUES
A. Dépression sus-rotulienne, Écartement des fragments. — Lorsqu'il est possible de constater ce signe, le diagnostic s’impose.Souvent, cependant, le gonflement empêche cette constatation et il faut attendre sa disparition pour qu'il apparaisse. Cet écartement est variable (de À cent. à 8), souvent plus accentué au milieu que sur les côtés ; il serait plus considérable dans les ruptures éloignées de la rotule que dans celles qui en sont rapprochées. La conservation des vastes peut expliquer ces faits. Contrairement à l'opinion de Nélaton, son siége est ordinairement rapproché de la rotule.
L'écartement augmente pendant les mouvements de flexion de la jambe, pendant la contraction du triceps ; il
diminue avec l'extension de la jambe et la flexion de Ja cuisse. M. Sistach a montré qu’il diminueavec le gonflement.
L'écartement se traduit au toucher et parfois à la vue par une dépression sus rotulienne, souvent masquée par le gonflement. Le doigt enfoncé dans la dépression n’est séparé du fémur que par la peau. On a pu dans certains cas arriver ainsi jusque sur les condyles fémoraux et explorer la face postérieure de la rotule. Le bout supérieur est parfois difficile à toucher et à nettement limiter.
Au-dessous de celle-ci le ligament rotulien n'étant plus maintenu se laisse facilement déprimer. Un médecin non prévenu pourrait croire que là est le siège de la lésion. I suffit de reporter en haut la rotule pour s’assurer de l'intégrité du ligament rotulien.
B. Déplacement et mobilité anormale de la rotule. — T1 est loin d’être constant. Il suffit pour $’en assurer de se rapporter à l'observation de M. Gosselin. L’intégrité des vastes qui s’insèrent sur les bords latéraux de cet os, la conservation des ailerons et du surtout aponévrotique de la région assurent cette immobilité. Cependant dans quelques cas, la rotule est mobileet se déplace facilement. Il est permis de supposer que la contraction violente du triceps avant de produire la rupture du tendon a provoqué celle d'une partie des soutiens de la rotule. Dans ce cas nous la voyons complètement luxée, cette luxation n’est explicable que par le déchirement d’une grande partie de ses Insertions supérieures.
ou
Un des caractères saillants de cette mobilité est de se produire aussi bien dans lextension que dans la flexion de la jambe.
C. Gonflement. — Il peut ètre local ou général; limité à la dépression sus-rotulienne, étendu à l'articulation du genou ou généralisé à tout le membre.
Limité à la dépression sus-rotulienne il est dù à l’épanchement séro-sanguin provoqué par la rupture et vient faire saillie entre les lèvres de la dépression susrotulienne ; la tumeur locale ainsi formée est dépressible, on y retrouve parfois une crépitation sanguine dont l'origine est évidente. Nous ne saurions y voir avec M. Mérijot une hernie de la synoviale, mais à travers la déchirure de cette synoviale un épanchement qui devient superficiel etn’est séparé de l’extérieur que par la peau etl’aponévrose. Ilaugmente par extension, diminue par flexion et ne peut exister que dans les ruptures completes:
Etendu à larticulation du genou, le gonflement est constitué par un épanchement de liquide semblable à celui qui se produit si fréquemment à la suite des fractures du corps du fémur. Si la communication entre la bourse séreuse sous-triccitipale et larticulation existe, rien de plus simple que de comprendre le gonflement de l'articulation. Il serait intéressant de savoir si c'est dans ce cas seulement que le gonflement existe on s'il se passe là un de ses phénomènes de transfusion dont M, Amodru a montré la fréquence pour la bourse séreu-
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se sous-triccipitale dans laquelle M. Berger et Gosselin ont cherché l'explication de lépanchement du genou qui suit les fractures. Pour nous cette transsudation n’est pas douteuse dans certains cas ; ainsi dans notre observation personnelle nous avons pu reconnaitre très nettement que la bourse séreuse sous-triccipitale était fortement distendue par une collection liquide venant faire saillie sous la peau alors que la grande synoviale elle même ne contenait qu'une quantité de liquide, minime mais dont la présence n’était pas discutable. Comment expliquer cette différence entre les 2 séreuses si une communication existait entre elles et comment expliquer la présence du liquide dans la synoviale du genou sinon par une transsudation à travers ses parois d'une partie du sang épanché dans la bourse séreuse sous-triccipitale.
Nous sommes donc loin de voir dans cet épanchement larthrite infiammatoire suite de traumatisme que M. Marguet affirme. Le traumatisme lui-même ne porte pas sur l'articulation du genou, et l’on sait que les sections sous-cutanées sont rarement le siège de phénomènes inflammatoires. Bien plus loin encore de l’inflammation de la séreuse produite soit par sa déchirure, par le sous-crural (?) soit par sa distension soit par sa contusion, par le tendon du triceps (?) (Méréjot) soit par la distension du ligament croisé antérieur (Demarquay). Si la déchirure était la cause arthrite aurait dû se produire dans toutes les ruptures complètes puisqu'alors la bourse sous-triccipitale est toujours ouverte. La distension de la séreuse pour le sous-
crural n'est pas démontrée et le serait-elle, pourraitelle causer une arthrite. Quant à la contusion de cette bourse par le tendon du triceps, nous n’y voyons qu’une hypothése gratuite. Une seule objection à la théorie de Demarquay, c'est que si c'était la distension du ligament croisé antérieur qui provoquait l’arthrite toutes les fois que nous trouvons celle-ci la rupture aurait dû se produire pendant le flexion forcée du membre. Un simple examen des observation montre que les faits ne se sont pas ainsi passés.
Nous ne voulons donc voir dans les phénomènes que présente l'articulation du genou qu'un simple épanchement, parfois compliqué de quelques phénomènes inflammatoires par suite de la déchirure de la bourse séreuse et de la propagation de cette legère inflammation aux tissus voisins. La courte durée de cette complication, l'absence de traces laissées par elle nous paraissent justifié cette manière de voir.
Le gonflement peut être étendu à tout le membre, jusqu'au pli de l’aine mais le fait est rare ; il est dû alors à l’infiltration des liquides épanchés dans les parties molles voisines. On voit plus souvent le gonflement envahir les tissus autour de la solution de continuité et descendre jusqu’à l'extrémité supérieure du tibia. On pourrait croire alors au 1” abord l'articulation pleine de liquide. Un examen fait de près permettra de reconnaitre l’erreur.
D. Ecchymose. — Elle apparait assez rarement, et est
loin d'atteindre l'importance de celle qui accompagne une fracture osseuse ou une rupture musculaire. La déchirure des vaisseaux sanguins du tissu cellulaire voisine et du tendon lui-même et surtout la déchirure des vaisseaux de la bourse séreuse en est l’origine. La conservation de l’aponévrose ne saurait l'empêcher elle peut apparaitre même dans les parties déchirées et serait düe alors soit à une transsudation à travers les parties basses de la bourse soit à une infiltration à travers la couche cellulaire sous-cutanée par la partie supérieure de Ia solution de continuité.