‹ Des Ruptures Tendineuses Sus-RotuliennesChapitre 25 sur 43 · OBSERVATION XV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XV

BLANDIN Gaz. méd.

M. X.., âgé de 68 ans, fort, robuste, bien conservé, né en Allemagne, mais habitant Paris depuis longtemps, d'une conduite toujours régulière; il n’a jamais fait de maladies graves ; le 25 janvier dernier, il sortait de chez lui, par untemps de verglas, il tenait un parapluie à la main pour se garantir de la neige ; à peine eût-il fait quelques pas que le pied venant à lui manquer, il fitun violent effort et se laissa tomber sur le côté. Ii ressentit en tombant une vive douleur au-dessus du genou droit; il lui fut impossible de se relever. Emporté chez lui sur une chaise, il s’aperçut qu’il ne pouvait plus étendre la jambe droite. M. Blandin ayant été appelé quelques temps après l'accident, il constata les phénomènes suivants : il existe un enfoncement considérable audessus du genou; cet enfoncement est dû à la rupture du tendon du triceps, à 1 centimètre et demi ou 2 centimètres au-dessus de la rotule ; cet os estun peu abaissé, plus mobile dans le sens transversal que du côté sain ; le bout supérieur du tendon s’est rétracté ce qui explique l'étendue en hauteur de lPexcavation qui existe audessus de la rotule; la pression sur ce point est douloureuse ; mais à l’état de repos, il ne se plaint que d’un peu de malaise, de l'impossibilité dans laquelle il se trouve de tendre la jambe sur la cuisse, ainsi que de la soulever. Pendant les premiers jours qui

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suivent l'accident, l'extrémité inférieure de la cuisse se tuméfia; des compresses résolutives furent appliquées sur le membre et furent maintenues à l’aide d’un bandage roulé; au bout de huit jours, la tuméfaction du membre disparut; dès lors, M. Blandin appliqua l'appareil dextriné qui lui avait tout récemment réussi dans les fractures de la rotule ; cet appareil fut posé de la manière suivante : après avoir appliqué une bande dextriné sur le pied et la jambe, il releva fortement la rotule à l’aide de compresses longueties, tandis qu’un aide, pressant sur la cuisse, cherchait à ramener le plus possible l'extrémité supérieure du tendon rompu au point de contact ; cela fait, il appliqua des tours de bande audessus et au-dessous de la rotule, et remonta jusqu’au haut de la cuisse ; le membre fut tenu dans l’extension la plus complète, avec une longueattelle placée sous la jambe et sous la cuisse, et, de plus, tout le membre fut placé sur un plan incliné, l'appareil desséché à l’aide de serviettes chaudes. Au bout de 25 ou de 26 jours cet appareil fut enlevé. À cette époque, l’excavation sus-rotulienne fut comblée ; mais la partie antérieure et inférieure de la cuisse était enveloppée comme d’un gangue organique et souscutané. La reproduction du nouveau tendon ne parut pas assez. solide à M. Blandin, un nouvel appareil dextriné fut réappliqué pour quelques temps encore. Au bout de 50 jours après l'accident, le malade marchait, avait recouvré presque toute la mobilité dont son membre était doué avant l’accident, à part toutefois un peu de rigidité du genou. Lors de la levée du seeond appareil, toutes les parties de lacuisse dont nous avons parlé plus haut.étaient encore peu distinctes; on ne sentait pas bien le tendon du triceps ni les deux enfoncements latéraux qui lenvironnent ; ce ne fut que 15 ou 20 jours après la mise en liberté du membre, un exercice modéré et l'usage de douches de vapeur sur cette partie, que le membre revint tellement à son état normal, qu'il est impossible de distinguer lequel des deux membres a été malade. A l'heure qu'il est, le malade va très bien.

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OBSERVATION XVI. — LAcroIx D'ORBEC 1844.

« N. L... âgé de 72 ans, de petitestature, replet, se promenant à sa campagne le 16 avril 1842, glissa sur le gazon, perdit l’équilibre, et tomba violemment sur le siège sans pouvoir se relever. Dans leffort qu’il fit pour prévenir cette chute, il ressentit à la partie inférieure de la cuisse droite, vers le genou, une vive douleur, accompagnée d’un bruit sec assez fort. Appelé quelques instants après, je préjugeai d’après les renseignements qu'il s’agit d’une fracture de rotule par contraction musculaire ; mais ayant examiné les membres je fus bien surpris de trouver la rotule intacte. En effet, la douleur ressentie ne se rapportait pas à cet os; elle avait lieu, mais faiblement alors, à 4 ou 5 centimètres au-dessus.

En cet endroit existait une dépression telle qu’en pressant un peu, je pus aisément y enfoncer la partie moyenne de l'index. Dès lors, je ne doutai plus que j’eus affaire à une rupture du tendon du muscle droit antérieur de la cuisse, car je m'étais assuré qu'il n'existait pas de fracture du fémur.

Ainsi dépression, douleur locale seulement manifeste au toucher et par la contraction musculaire, impossibilité des mouvements d'extension de la jambe ; tels étaient les signes sur lesquels je dus établir mon diagnostic (il n’y avait aucun gonflement du membre).

« Le cas était nouveau pour moi ; il l’eût sans doute été pour beaucoup d’autres. Cependant, il fallait prendre un parti. Je préparai et appliquai de suite le bandage unissant des plaies en travers ; le malade avait bien entendu été mis au lit, le membre

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entouré inférieurement d’un bandage roulé et placé sur des coussins gradués, de telle sorte que le pied et la jambe dépassaient beaucoup le niveau du tronc et de la tête. À ces moyens furent joints, dans les premiers jours, la diète absolue et des boissons tempérantes pour prévenir les accidents inflammatoires, qui heureusement ne se manifestèrent pas.

Plusieurs pansements furent nécessaires, tant pour desserrer les bandes relâchées que pour modifier légèrement l'appareil et en renouveler quelques parties.

Trois à quatre semaines après environ, je commençai à imprimer aux articulations de faibles mouvements dont l'étendue fut successivement augmentée, pour prévenir l’ankylose qu’une longue immobilité eût pu produire.

« Vers le 50° jour, le bandage unissant fut enlevé; mais je continuai l’usage du bandage circulaire que j’appliquai en 8 de chiffre autour du genou, et dont je fis remonter les doloires jusqu’à l'extrémité supérieure de la cuisse, dans le but de comprimer les muscles et d'en prévenir la contraction musculaire. Ge simple appareil fut continué jusqu’au 70° jour, pour donner le temps à la réunion de se consolider. Dès lors je laissai le membre bre de toute entrave, ne conservant que les coussins dont je diminuai graduellement le nombre jusqu’à ce que je fusse arrivé à la position horizontale.

Le 80° jour seulement, je permis à M. L. de se lever. On le plaça dans un fauteuil, bientôt il put marcher avec des béquilles. Il ne tarda pas à y substituer un bâton, 21 mois se sont écoulés depuis, et la cure est parfaite. M. L. marche aussi bien qu’auparavant, il n’a éprouvé, pendant les premiers mois, d'autre inconvénient qu'un certain gonflement de la jambe : effet inévitable, mais passager de l’inaction à laquelle le membre avait été si longtemps condamné.

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