‹ Des Ruptures Tendineuses Sus-RotuliennesChapitre 40 sur 43 · OBSERVATION XX XIII. — JULES GUÉRIN · texte numérisé non relu

OBSERVATION XX XIII. — JULES GUÉRIN

Académie de médecine 16 mars 1880 p. 200.

Le hasard de la pratique m'a fait rencontrer un cas qui doit ètre fort rare, car non-seulement je n’ai eu l’occasion, durant ma carrière, de l’observer qu'une seule fois, mais aucun ouvrage que je sache n’en fait mention. Je veux parler de la rupture partielle du tendon du triceps. Un assez grand nombre d'auteurs se sont occupés de la rupture totale de ce tendon, laquelle a de

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grandes analogies avec celle du tendon d’Achille.Le diagnostic de ces 2 lésions est à peu près le même : les circonstances qui les amènent, les symptômes qui les accompagnent et le traitement qu'elles réclament sont d’une notion presque vulgaire. Il est loin d'en être ainsi de la rupture partielle du tendon du triceps, ainsi que l’académie va le voir.

Une dame de la société, qui jouissait d’une bonne santé, qui n'avait jamais éprouvé de douleur au genou, fut prise tout-à-coup il y atrois ans, en faisant un effort pour se relever d’une douleur tiès-vive au genou droit avec impossibilité de marcher et même de se tenir debout. Cette douleur fut bientôt suivie d’un engorgement des parties, et ni un repos prolongé, ni toutes sortes de topiques ne procurèrent aucun soulagement.

Pendant les 3 ans qui ont suivi accident, la malade toujours dans la mème situation, consulta un grand nombre de chirurgiens, fit une foule de remèdes, se rendit à différentes stations thermales, sans en retirer le moindre bénéfice. Je dois noter en particulier un dernier traitement qui consista à imprimer à l’articulation du genou des mouvements répétés de flexion et d’extension sous l'empire de l’idée qu'il y avait un engorgement passif à résoudre, des adhérences à détruire et l’entière liberté des mouvements à rétablir. Mais le traitement parut produire un effet totalement opposé à celui qu'on attendait. C’est dans cette situation que j'ai été appelé à donner mes soins à la malade.

Voici l’état où je l'ai trouvée. Tout le pourtour de lParticulation du genou était le siège d’un engorgement et d'un empàtement général. La peau épaissie se confondait avec le tissu sous-cutané. La rotule, peu mobile d’abord au milieu de parties tuméfiées, n’était pourtant ni gonflée, ni très sensible à la pression. Toutefois l'extrémité inférieure du fémur participe un peu au gonflement des parties mol'es. Au repos il n’y avait que des douleurs faibles et passagères, un peu de torpeur des membres, des élancements fugaces s’irradiant jusqu'à l'extrémité supérieure du membre ; avec cela impossibilité absolue de soulever le membre, de se tenir debout sans soutien. La malade ne pouvait faire quelques pas qu’à l’aide de deux cannes.

Jusqu’alors aucun des chirurgiens consultés n'avait songé à la rupture du tendon du triceps ; récemment encore un des praticiens les plus réputés de la capitale n’y avait vu qu’une arthrite ou synovite chronique sans lésion osseuse. Ces méprises très explicables tenaient sans doute à ce que la rotule était resté à sa place, et qu'il n’y avait aucune solution de continuitée apparente du tendor. Ajoutons d’ailleurs que la symptomatologie d’un état de souffance chronique ne manquait pas de détourner l’attention de la lésion principale.

Après avoir exploré attentivement la partie, je crus apercevoir à la partie terminale du vaste externe droit une légère dépression latérale, et au niveau de son insertion à la rotule une différence de saillie et de résistance d’avec ce que présentait le côté opposé.

Cette inspection seule ne pouvait suffire pour permettre de conclure à l'existence d’une rupture partielle du tendon ; mais j'en ai eu l’idée et cette idée je crois l’avolr convertie en certitude de la manière suivante : Ayant plaeé le membre dans l’extension passive, j’ai prié la malade de s’efforcer de le soulever sans fléchir la jambe. Elle ne le put, mais pendant qu’elle faisait et refaisait ses efforts, je tenais mon doigt placé sur le trajet du tendon et c’est alors que j'ai constaté deux choses, à savoir : 4° que la moitié interne du tendon se contractait, tandis que l’autre moitié restait inerte et l’espace qu'elle aurait dù occuper, r’offrait aucun relief, aucune résistance à la pression; 2° qu'au niveau de cet espace, il y avait une dépression, un creux longitudinal de trois à quatre centimètres, limité en dedans par la portion restante du tendon contracté, et en dehors par quelques fibres aponévrotiques minces et tendues.

L'expérience répétée ungrand nombre de fois a constamment produit ie même résultat et ne m'a pas laissé le moindre doute sur l'existence d’une rupture partielle du tendon du triceps.

Le membre, moulé pour la confection d’un appareil que je vais soumettre à l’Académie, offre dans le siège de la lésion, une légère dépression, insuffisante, sans doute, pour attester l’existence de la rupture tendineuse, mais qui, à l’aide de l'expérience

de la contraction partielle du tendon, devient un élément confirmatif du diagnostic porté. Je m'’abstiens de toute considération théorique sur la condition anatomique spéciale qui peut favoriser la rupture partielle du tendon du triceps fémoral. Je me horne à rappeler que ce tendon étant le produit de trois chefs musculaires différents, on conçoit la possibilité d’une rupture parüelle et isolée d’unc de ses parties constituantes, comme cela arrive au tendon d'Achille, où lé plantaire grêle et le soléaire sont assez souvent rompus à l'exclusion du tendon principal fourni par les jumeaux.

Voici mantenant quelques détails sur l'appareil que j'ai fait construire, pour, après la disparition des symptômes morbides locaux, venir au secours d’une infirmité, aujourd’hui tout-à-fait irrémédiable. Habitué, dès longtemps, ainsi que je l’ai rappelé, à combattre les insuffisances musculaire ou tendineuse, à l’aide d'organes supplémentaires ou tendons artificiels en caoutchouc, j'ai eu lidéc de suppléer à l'insuffisance du triceps partiellement rompu par une double bande épaisse en caoutchoue, placée au devant et sur les côtés dela rotule et doublant la partie antérieure d’un appareil contentif ; cet appareillui-même, construit d’après un principe nouveau, mérite peut-être quelques explications susceptibles d’intéresser l’Académie.

On sait que les appareils contentifs des membres, destinés à leur imprimer une direction quelconque, sont généralement reliés au membre, par des cercles en tôle garnie. Quelques précautions que l’on prenne pour amortir les effets de cette compression locale, on est souvent arrêté par la douleur qu’elle provoque au moment des efforts que embrasse est obligée de supporter. J'ai cherché à remédier à cet inconvénient en distribuant sur toute l’étendue du membre, la résistance localisée par les embrasses, de façon à ce que les parties du membre supportent les effets de la pression généralisés. Je crois atteindre ce but à l’aide d’un maillot en tissus de caoutchouc recouvrant le membre snr les côtés de ce maillot, deux bandes de ressort en acier passées dans deux gaines ou simplement cousues

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latéralement donnent au maillot la résistance voulue. Au-dessus de celte enveloppe élastique mais résistante, je fais placer les deux bandes épaisses en caoutchouc de telle façon qu’elles offrent la résistance nécessaire pouc empécher la flexion involontaire du membre et suplée à l’insufiisance du teñdon amoindri.

J’ajouterai, en terminant, que ces 2 innovations, celle dela compression répartie sur tout le membre, remplaçant les cercles embrassant des appareils ordinaires, et les bandes en caoutchouc supplémentaires sont susceptibles d'applications nombreuses que je ferai connaitre dans mon traité de médecine orthopédique. Je me borne à les indiquer aujourd’hui,

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