OBSERVATION XXXIV
BECK : Lancet, 11 décembre 80, p. 937.
Le malade, un homme de 60 ans, était en train de monter à une
nl échelle, et avait atteint le dernier échelon, quand il tomba enavant sur les deux genoux. Il entendit alors un violent craquement, n'éprouva aucune douleur, mais il s’aperçut qu'il ne pouvait se relever à cause de l’impotence de la jambe droite. Etant remis sur pied, il alla à l'hôpital tenant sa jambe droite étendue. Quant on le vit, il était couché, avec sa jambe droite étendue. On voyait au-dessus de la rotule une petite dépression qui rendait cet os proéminent. Le doigt pouvait, dans le point déprimé, sentir les condyles fémoraux ; au-dessus de la dépression, on sentait la terminaison du tendon. Sur la rotule, on ne sentait pas de (parties) tendon. Les bords latéraux de ladépression au-dessus de larotule étaient formés par les expansions des vastes. Cette disposition était rendue très évidente quand le malade essavait de soulever
le membre du lit, tenant le genou étendu, action qu'il était incapable d'achever. Dans ce mouvement, l'expansion externe se réduisait à une mince bande fibreuse. L’interne était flasque et molt.s proéminent. L’extrémité inférieure du tendon se mouvait à peine dans les efforts d'extension.
Il n°y avait pas d’enflure de l'articulation du genou, pas d'épanchement entre le tendon et la rotule, pas de blessure de la peau, pas de douleur, ni de trouble sensitif.
Le membre fut placé sur une attelle forte et le corps sur un plan incliné. Il n’y eut jamais d’épanchement dans le genou. Graduellement le bout supérieur du tendon gonfla et s'arrondit et une masse solide ferma l'ouverture de sorte que le doigt ne put toucher le fémur. Il reste la moitié ou les trois quarts d’un pouce de séparation entre le tendon et la rotule.
Le 29° jour le malade fut débarrassé de son attelle, gardant un plâtre de Paris et marchant sur des béquilles. Le plâtre rougit bientôt la peau au niveau de la rotule et fut remplacé par une simple attelle postérieure. Le 56° jour, cette attelle fut enlevée. La dépression au-dessus de la rotule était très minime et les bords étaient encore distincts. L’'ex'romité inférieure du tendon était sensible. L'écartement était de trois quarts de pouce. Il n’y avait pas de raideur dans le genou.
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OBSERVATION XXXV (DELON, personnelle)
Observation recueillie à la maison municipale de santé, service de M. le docteur Cruvelhier, lit n° 8, par M. Delon, interne de
service.
M. L..., docteur en médecine, âgé de cinquante-huit ans, est un homme robuste, vigoureusement musclé, habitué à une vie active et bon marcheur. Il n’a souffert, pendant son existence antérieure, d'aucune maladie grave. Il se plaint seulement depuis plusieurs années, d’une constipation habituelle, qui devient très rebelle, dès qu’il se livre au repos et qu’il abandonne les exer- -cices physiques.
Dans les premiers jours du mois de mars 1883, est survenu . l'accident que nous allons raconter. Le docteur L... marchait assez rapidement sur une pente très inclinée, lorsqu'il se sentit glisser tout à coup. Pendant qu’il glisse, que son corps est porté en arrière et qu'il se sent sur le point de tomber à la renverse, la jambe droite est vivement projetée en avant, puiselle s’abat tout àcoup. Le malade éprouve à cet instant une courte mais atroce douleur, et se trouve parterre. Revenu de la stupeur produite par cette chute, il croit à une fracture du fémur ou à une fracture de la rotule, il se tâte, ne constate rien et, heureux déjà d’en être quitte à si bon marehé, il fait un mouvement pour se relever : mais la douleur atroce se reproduit aussitôt, et il retombe sur le sol.
Transporté chezlui, notre blessé se couche ets'examine lui-mème à loisir :ilcroitd'abord à une rupture du tendon rotulien, attendu que ce tendon se creuse facilement sous le doigt. Après deux jours de repos, il ne sent presque p us de douleur, se lève avec une très grande prudence, et s'aperçoit qu’il peut faire quelques pas
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en arrière, sans être obligé de laisser trainer son pied sur le sol et en le soulevant comme dans la marche ordinaire. Mais il lui est totalement impossible de porter sa jambe en avant : s’il essaye de faire un pas en avant, la douleur, moins vive que les premiers Jours, se reproduit aussitôt. Cette douleur siège à trois travers de doigt au-dessus du bord supérieur de la rotule. Il s'aperçoit qu’à ce niveau existe une légère dépression transversale et il conclut enfin lui-même à l'existence d’une rupture du tendon du triceps de la cuisse. De ce jour jusqu’au moment où il arrive à la maison municipale de santé, il ne tente plus de marcher à reculons, quoique ce moyen de se déplacer lui soit toujours facile à employer.
Voilà Le plus exactement possible le récit de laccident et de ses conséquences immédiates fait par le malade lui-même.
Il entre le 20 mars à l'hôpital, huit jours après le début de ses souffrances, on itrouve de l1 douleur à l'endroit indiqué, une petite ecchymose au trait de la rupture.
Mais un phénomène nouveau s’est produit qui n’existait point dès les premiers jours.
Un épanchement de liquide a eu lieu dans larticulation du genou. Ce gonfiement présente les particularités suivantes : Il est surtout accentué à la partie la plus supérieure de l'articulation, et au niveau du cul de sac sous-tricipital de la synoviale. Là existe du liquide: mais la palpation et l'examen de cette partie sont assez difficiles à supporter pour le malade. Dans le reste de l’articulation qui n’est presque point sensible, il y a aussi du liquide mais en petite quantité. — On peut facilement palper les parties latérales, inférieure et postérieure de l'articulation sans que le malade se plaigne : Mais la partie supérieure seule est très-gonflée et trèssensible.
On cherche ensuite le bout supérieur du tendon rompu et le muscle droit antérieur. — On croit trouver ce bout supérieur à cinq travers de doigt au-dessus de la rotule; mais c’est une sensation peu nette et peu concluante. Le droit antérieur, à probablement cédé à la tonicité musculaire et s’est rétracté, mais on
ne trouve sur la cuisse aucune tumeur, formée par ce muscle. Albert Delon 13
Le 29 mars, on applique un appareil plâtré, qui se compose d'une attelle postérieure et d’un étrier. Cet appareil remonte jusqu’au tiers supérieur de la cuisse, de façon à produire une inmmobilisation complète.
Le malade reste dans cet appareil jusqu’au 2? avril. On songe alors à appliquer un bandage de nature à attirer en bas le bout supérieur du tendon et à forcer le muscle à se détendre ; tant que cette dernière condition ne sera point réalisée, il est probable que la consolidation sera fort difficile. Donc, le 2 avril, on applique eux bandes de toile; l’une à cinq ou six travers de doigt au dessus ‘le la rotule pour tâcher de pincer le fragment supérieur du tenon, l’autre immédiatement au dessous de la rotule pour la repousser en haut. Ces bandes sont collées à la peau au moyen de collodion, et sont garnies d’agrafes en métal qui se regardent par leur éonvexité. — Autour de chaque bande de toile, nous appliquons des bandes de diachylon pour rendre la fixation plus parfaite : )
Autour de la toile supérieure, quatre ou cinq baades de diachylon sont appliquées de façon à entourer toute la circonférence de la cuisse, à brider le triceps et à avoir sur lui une prise suffisante qui permette de l’attirer en bas,
Le 4 avril, on ajoute des liens élastiques, qui vont d’une agrafe de la toile supérieure à l’agrafe correspondante de la toile inférieure. La traction, continuée pendant quinze jours, rapproche très notablement les parties supérieure et inférieure.
Seulement, à mesure que l’on serre les liens élastiques, le tiraillement exercé sur la peau, seul point d'application de la traction, devient de plus en plus douloureux à tel point qu’on est forcé d'enlever tout, après avoir néanmoins obtenu un réel bénéfice.
Le 20 avril, on applique une botte silicatée complète, englo bant totalement le pied, la jambe et la cuisse jusqu’au tiers supérieur.
Avec cet appareil, le malade se lève à partir du 28. Mais il ne fait point de mouvement avec le membre malade. Il s’abstient soigneusement de tout effort, laisse le membre allongé, et évite tou-