Matière éloignée
La matière du sacrement de Baptême est Veau naturelle, telle que Dieu l'a créée, comme : l'eau de puits, de rivière, de pluie, de fontaine ; comme celle qui provient de la mer, de la glace ou de la neige fondues. L'eau altérée, c'est-à-dire, tellement mélangée avec un autre liquide qu'elle ne mérite plus son nom primitif, n'est plus une matière propre. Si le mélange laisse quelque doute, on peut s'en servir dans un cas de nécessité en attendant d'avoir une matière certaine pour renouveler le Baptême conditionnellement.
Remarquons combien est grande la bonté de Dieu dans le choix qu'il a fait de la matière du Baptême. Parce que ce sacrement est de la plus indispensable nécessité, Notre-Seigneur, pour le rendre accessible à tous les hommes, a voulu qu'il se conférât avec l'élément le plus usuel, le plus commun, celui qui se trouve partout et toujours.
Puis y a-t-il quelque chose qui exprime mieux les admirables effets que ce sacrement produit dans l'âme ?
L'eau purifie le corps qu'elle touche, symbole de la purification intime qui fait disparaître la souillure du péché dans l'âme.
L'eau est merveilleusement féconde ; là où elle pénètre, la nature tressaille, les germes s'éveillent, la terre se couvre d'une riante parure, les fleurs et les fruits apparaissent ; là où elle est absente, tout languit et meurt ; elle est un élément essentiel de toute vie physique. Ainsi elle symbolise la grâce, flot divin qui pénètre et vivifie nos âmes et y fait germer les œuvres et les mérites surnaturels.
Il y a obligation grave pour le prêtre de se servir de l'eau consacrée solennellement pour cet usage la veille de Pâques et la veille de la Pentecôte pour tous les Baptêmes qu'il administre, soit solennels, soit privés ; sauf pour les Baptêmes privés, lorsqu'il n'aurait pas le temps de s'en procurer.
Il n'en est pas de même pour les Baptêmes administrés parles laïques ; ils doivent se servir d'eau naturelle pure et limpide, de préférence à l'eau bénite.
Si l'eau baptismale était corrompue, on devrait préférer l'eau naturelle, ou mieux encore, si on en a le temps, en consacrer d'autre, en se servant de la formule abrégée du Rituel.
L'eau baptismale doit être consacrée deux fois par an : le Samedi saint et la veille de la Pentecôte.
C'est la volonté de l'Église qu'on emploie les saintes huiles de l'année courante pour la bénédiction de l'eau baptismale ; du reste, le Rituel prescrit aussi aux curés de se procurer quam -primum les saintes huiles bénites l'année même par l'évêque, pour n'avoir pas, sauf le cas de nécessité, à se servir de celles de l'année précédente.
Si, pour une cause raisonnable, telle que la difficulté des communications, un curé ne pouvait se procurer les saintes huiles nouvelles, il devrait bénir l'eau des fonts comme de coutume, et y verser même les anciennes, s'il avait un baptême en perspective. Mais s'il doit recevoir sous peu les nouvelles saintes huiles, et s'il ne prévoit pas de Baptême à faire auparavant, il se contentera de bénir l'eau sans joindre les saintes huiles, et,
à leur réception, il les versera privatim comme il aurait fait le Samedi saint, en récitant les prières prescrites.
Si l'eau baptismale menace de manquer, on peut y ajouter de l'eau naturelle, mais en plus petite quantité et alors toute l'eau devient consacrée en vertu de l'adage : major pars trahit ad se minorem. Et ce mélange peut même se faire plusieurs fois, s'il est besoin.