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LE MINISTRE DU SACREMENT DE PENITENCE

Le ministre du sacrement de Pénitence e^t tout prêtre approuvé, c'est-à-dire tout prêtre qui a reçu de son évêque le pouvoir de confesser, so'.t le pouvoir de juridiction.

Qu'il est surprenant ce pouvoir, qu'elle est merveilleuse cette autorité du prêtre au confessionnal ! C'est là qu'il peut procurer à Notre-Seigneur la plus grande des joies ; car, ita erit gaudium in cœlo pro uno peccatore pœnitentiam agente quam super nonaginta novem justis qui non indigent pœnitentia (Luc, xvr, 7). C'est là qu'il convertit le pécheur, qu'il sanctifie le juste, c'est là qu'il donne à manger à ceux qui ont faim, à boire à ceux qui ont soif de la justice.

Aus-i saint Léonard de Port-Maurice dit-il aux prêtres : " Soyez-en sûrs, vous acquerrez plus de mérites dans une matinée passée au confessionnal, pour soulager de pauvres âmes, qu'en une année entière passée en d'autres œuvres, quelles que bonnes et saintes qu'elles soient. "

Mais comme cette fonction est hérissée de difficultés et de dangers ! Pour cette raison, elle est appelée par le Concile de Trente : Onus angelicis humeris formidandum. Le prêtre qui la remplit s'impose la lourde obligation de rendre compte de la vie des autres. Periculosa res est, dit saint Laurent Justinien, pro peccatoribus se fidejussorem constituere. Saint Grégoire affirme que le confesseur a autant d'âmes qu'il a de pénitents et qu'il devra rendre compte à Dieu de toutes ces âmes : quot regendis subditis prœcst, reddendœ apud eum rationis tempore, ut ita dicam, tôt solus animas habet.

11 Nous tuons autant d'âmes, dit saint Grégoire le Grand, que nous en laissons aller à la mort, tôt occidimus quot ad morten ire tepidi videmus. "

Le bon prêtre doit donc travailler avec ardeur à se mettre en état de bien remplir ce redoutable ministère ; il ne doit jamais cesser de faire des efforts pour acquérir toutes les qualités qui font le vrai confesseur, selon le cœur de Dieu. Le grand Pape saint Pie V a dit : dentur idonei conf essores, ecce plena reformatio omnium christianorum.

Et d'abord, au confesseur, il faut :

1° Une vertu sans tache et une piété profonde. La vertu,

c'est la base de tout. Ce qui attire la confiance des fidèles, c'est la conviction de trouver réellement dans le prêtre l'homme de Dieu, tu autem, o homo Dei. La confiance ne se commande pas ; elle ne s'impose pas ; elle se donne. C'est un élan du cœur qui fait qu'une âme se penche vers une autre âme comme la fleur qui s'incline en s'ouvrant.

Or, cette confiance, le prêtre ne peut l'inspirer que par sa vertu. Il faut qu'elle soit hors de doute, que jamais un soupçon n'ose l'effleurer, même de loin.

Et cette vertu, cette sainteté vivante, il l'obtiendra par une vive piété qui donnera à ses paroles l'onction voulue pour éclairer et toucher les cœurs ; ce sont les saints qui font les saints.

Quelques paroles d'un confesseur vraiment pieux suffisent souvent pour toucher le pénitent, lui faire regretter ses fautes, le porter à prendre d'excellentes résolutions.

C'est cette piété qui encouragera la timidité, éveillera le remords, inspirera ces traits de feu qui vont au cœur parce qu'ils partent du cœur.

Quelle vertu, quelle piété ne faut-il pas pour toucher à tant de souillures sans se souiller, pour glisser, comme les rayons du soleil, à travers les fanges de cette terre sans se détériorer, pour purifier tant de secrets malsains à sa chaste tendresse et guérir les maladies du monde sans les contracter !

Si un confesseur n'est pas bien affermi dans la piété, s'il n'a pas assujetti ses passions par l'exercice de la mortification, s'il n'est pas uni étroitement à Dieu par la pratique de l'oraison, il sera tous les jours en danger de succomber à mille tentations auxquelles son ministère l'expose.- Etabli pour retirer les pécheurs de tous les vices, et pour conduire les fidèles dans la voie de la vertu, il doit travailler sans cesse à se purger des moindres vices, à se perfectionner dans toutes les vertus. Car comment pourra-t-il haïr et reprendre dans les autres ce qu'il aime et approuve dans lui-même ? S'il n'a pas marché dans la voie de la perfection, comment y conduira-t-il ceux qui ne la con-

naissent pas ? Pourra-t-il fortement exhorter les autres à faire ce qu'il ne veut pas pratiquer lui-même ? S'il est lui-même esclave du péché, quelle horreur pourra-t-il en inspirer à ceux qui se présenteront à lui ? En un mot, un confesseur doit veiller avec d'autant plus de soin à sa propre perfection qu'il se voit plus appliqué à la conduite des autres ; il doit s'avancer chaque jour dans la piété par l'élévation fréquente de ses pensées et de son cœur à Dieu, pour exciter de plus en plus en lui-même l'amour qu'il lui doit.

2° N'ayant en vue que le bien des âmes, le prêtre vraiment pieux se montrera d'une extrême prudence. Au confessionnal, il mettra en pratique le conseil de saint Bonaventure : Cavendae st conscientia nimis larga et nimis stricta.

Vis-à-vis des pécheurs, il ne laissera paraître aucun signe de surprise et d'impatience ; il évitera surtout au cours de l'accusation, de faire entendre des paroles sévères qui pourraient arrêter sur leurs lèvres un aveu qu'ils n'oseraient achever.

Vis-à-vis des personnes du sexe, il observera la brièveté et la gravité recommandées par les saints. S'il croit devoir interroger sur les matières délicates, il se souviendra qu'il vaut mieux rester en-decà que d'aller au-delà des limites prescrites par une sage discrétion ; par là il n'apprendra rien à ceux qui ignorent et ne scandalisera jamais ceux qui savent.

3° Pour agir toujours avec cette prudence, le confesseur devra avoir la science ; car, au confessionnal, le prêtre est en même temps, juge, directeur, médecin.

Qu'un juge ne connaisse pas à fond les lois qu'il est chargé d'appliquer, il donnera des décisions fausses ; il commettra de véritables injustices ; il s'exposera à voir ses jugements renversés par une Cour d'appel.

Qu'un médecin ne sache se rendre compte ni des symptômes de la maladie, ni de la propriété des remèdes, ou il tuera ses malades ou il les laissera végéter dans leurs infirmités.

Qu'un guide ignore la route sur laquelle il doit diriger les

autres, qu'il n'ait pas exploré le sentier glissant et escarpé de la montagne, c'est " un aveugle qui en conduit d'autres et qui risque fort de rouler avec eux au fond de l'abîme. "

Or au confessionnal le prêtre est le juge des âmes. Il doit donc connaître les principes de la théologie de manière à pouvoir en faire l'application exacte à chaque cas en particulier. Et cette science ne peut s'acquérir que par l'étude assidue des auteurs théologiques. Elle est indispensable à tout prêtre pour éviter de nombreuses fautes et s'épargner pour plus tard des remords au sujet de certaines décisions données à l'aventure.

Le prêtre au confessionnal est aussi médecin et les malades qui lui viennent ne sont pas ces malades que la science humaine s'efforce de guérir sans y parvenir jamais parfaitement — car la vie présente n'est pour ainsi dire q'une longue maladie qui a la mort pour terme inévitable — ses malades souffrent dans leur âme immortelle ; s'il les guérit, ils reçoivent une vie qui sera inamissible, pourvu qu'ils ne consentent pas à la perdre de nouveau.

Le prêtre est enfin le guide des âmes qu'il doit diriger à travers des sentiers périlleux pour leur faire atteindre le sommet de la perfection chrétienne.

Le prêtre aura donc grand soin de cultiver cette science aussi complexe que nécessaire de la théologie morale que rien ne saurait suppléer et qu'il est impossible, même après l'avoir sérieusement acquise, de conserver à un degré suffisant, sans une étude constante ; il repassera sans cesse ces traités qu'il a appris au Grand Séminaire ; il les approfondira avec une raison mûrie par les années et par l'expérience.

Ainsi il se mettra en état de pouvoir distinguer avec précision ce qui est bien ou mal, ce qui est grave ou léger, ce qui est de précepte ou de conseil, ce qui est permis, toléré ou condamnable ; il pourra éclairer des doutes, décider des cas compliqués, donner des conseils utiles ; il connaîtra les diverses voies par

lesquelles Dieu appelle à lui ses élus, les variétés des maladies de l'âme, leurs symptômes, leurs causes, leurs effets, leurs remèdes.

Benoît XIV mettait l'insuffisance de la science morale des confesseurs parmi les plus grandes calamités de l'Église : Inter majores Ecclesiae calamitates eam esse quod confessant morali theologiâ parum imbuti essent et ea quae contra Dei legem a fidelibus perpetrantur parum dignoscerent.

En dépit de son travail, le confesseur aura encore à gémir sur bien des fautes ; car ici-bas les plus habiles se trompent ; mais il aura droit de compter sur l'indulgence du Seigneur et de lui dire avec confiance : Ignorantias meas ne memineris.

4° Puis le confesseur portera des entrailles de charité pour tous ses pénitents, suivant cette exhortation de l'Apôtre : Induite vos ergo, sicut electi Dei, sancti et dilecti, viscera misericordiae.

Dans la société civile, celui qui siège au tribunal est avant tout une personnification de la justice, un homme de bronze à qui l'on reconnaît d'autant plus de perfection qu'il a moins de pitié. Il en est tout autrement pour le confesseur, ministre d'un Dieu d'où descend toute paternité. Son prêtre est un magistrat bienveillant qui bénit même quand il ne pardonne pas, un juge qui ne pèse pas sur le roseau à demi brisé et n'éteint pas la mèche qui fume encore ; un dépositaire d'aveux pénibles et redoutables qui penche toujours vers l'indulgence ; un médecin dont le baume préparé pour les blessures est composé d'un peu de vin et de beaucoup d'huile ; un plénipotentiaire qui craint moins d'être condamné par son prince pour un excès de miséricorde que pour un excès de sévérité.

Il doit toujours avoir au confessionnal une vraie charité de père, puisque c'est de ce doux nom de père que le pénitent l'appelle dès le commencement et que, suivant le mot de saint Ambroise, c'est dans ce sacrement que Jésus-Christ a établi les prêtres les vicaires de son amour : " Vicarios amoris Christi. "

Qu'il aime donc les âmes ; qu'il les aime à cause de Dieu ; qu'il les aime dans les hontes qu'elles lui découvrent, dans les infirmités dont il veut les guérir, dans les fanges dont il les aide à sortir ; et alors sa science aura des illuminations que l'étude seule ne saurait lui procurer.

5° Qu'il aime les âmes pour Dieu et il montrera toujours au confessionnal un grand fonds de douceur et de fermeté. S'il manque de douceur, il découragera et peut-être éloignera le^ fidèles par des réprimandes trop sévères, des pénitences sans proportion avec leur faiblesse ; s'il manque de fermeté, il ne fera pas entendre les avis nécessaires ou utiles, il n'exigera pas les promesses ou les sacrifices indispensables ; il n'osera pas différer l'absolution, quand un délai s'imposera.

6° Qu'il aime les âmes et il aura toujours un grand respect pour celles avec lesquelles il viendra en contact au confessionnal.

" La beauté d'une âme, dit saint Bernardin de Sienne, surpasse la beauté des étoiles du firmament ; elle surpasse l'éclat de cette prairie qui étale au soleil du printemps ses fleurs et ses parfums ; elle surpasse les harmonies de la nature et les sons les plus doux de la harpe mystérieure. "

"L'âme, dit sainte Thérèse, est comme un monde intérieur dans lequel le Créateur du ciel et de la terre daigne habiter. "

A cette dignité de l'âme doit répondre un profond respect. Le confesseur se tient à la porte des âmes qui l'approchent et doit dire, lui aussi : Sto ad ostium et pulso. C'est par la douceur et la charité qu'il y entrera.

7° Plus il vivra éloigné de la fréquentation et de la familiarité des séculiers, plus il se fera estimer d'eux et plus il leur inspirera la confiance pour ce qui regarde les affaires de leur âme. La prudence lui fait donc une loi de n'aller dans la maison de ses pénitents que lorsqu'il est demandé et bien sûr qu'il y est désiré. Et dans ce cas-là, il doit s'y montrer plein de réserve parce que même les personnes d'une haute piété

n'aiment pas le plus souvent à se trouver, hors du sacré tribunal, en présence de celui qui est le confident de leurs misères spirituelles et aussi, parce que, dans ces visites, elles peuvent découvrir dans leur confesseur quelque défaut qui diminue leur estime.

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