III. Sarcomes de l’utérus d’origine vasculaire
OBsSERVATION XIII
Curusert-Lockyer et Alban Donan, 1908.
Cas de fibrome utérin montrant une dégénérescence périthéliomateuse.
A. F..., 36 ans, est admise à l'hôpital en mai 1905. Quinze mois auparavant, elle s'était découvert dans le côté droit de l'abdomen une petite tumeur qui, depuis, s'était accrue très rapidement. À son entrée, la malade paraissait en bonne santé; on lui donnait à peine 30 ans.
Mariée à 13 ans. Deux enfants. Pas d'avortement. La première grossesse, douze ans avant son admission, avait été pénible avec déchirure du périnée. La deuxième, il y a cinq ans, fut rapide et l'accouchement fut spontané; mais la malade dut garder le lit pendant plus d'un mois : les raisons n'ont pu encore en être éclaircies.
Rien du côté des antécédents pathologiques. Quelques périodes de constipation. Aucun trouble du côté des règles.
À l'examen, le ventre paraît irrégulièrement distendu par une tumeur, dont le siège est plus à gauche qu'à droite de la ligne médiane. Les téguments abdominaux sont sains, sans œdème.
La tumeur est profondément lobulée. Un lobe à droite de consistance molle remonte au delà de l'ombilic. Un autre est à gauche, plus ramolli au palper. Un troisième, solide, siège dans la fosse iliaque droite, et un quatrième plus dur est situé juste au-dessus du pubis. Le tout est très peu mobilisable.
Le col utérin est dur et paraît se continuer avec le lobe sus-pubien.
Le vagin présente une pelite tumeur irrégulière, saignante. Celleci est prise d'abord pour une évolution de la tumeur abdominale après perforation de la paroi vaginale. Mais après des examens répétés, on s'aperçcut que la tumeur vaginale ne suivait pas les mouve-
ments imprimés au néoplasme abdominal. Le diagnostic reste en suspens. |
Les urines sont claires avec traces d'albumine. Le pouls est à 108. La température est de 9904 F.
On porte donc le diagnostic de fibrome et l'opération est pratiquée le 16 juin 1905.
Opération. — On remarque à l'ouverture du péritoine une tumeur très lobulée présentant des adhérences avec l'épiploon. L'utérus n’est autre chose que la tumeur dure sus-pubienne. Les trompes et l'ovaire droits sont sains. La trompe gauche est épaissie et l'ovaire gauche paraît présenter des noyaux néoplasiques.
Malgré l’énucléation difficile de la tumeur, on pratique, après section des vaisseaux ovariens et des ligaments larges, l'amputation de l'utérus au-dessus du col. L'épiploon est partiellement réséqué.
On fait, après l'opération, une injection intraveineuse de sérum, suivie d’une injection hypodermique de strychnine.
EXAMEN DE LA PIÈCE. — La tumeur avec l'utérus pèsent 2 livres et demie. La grosse tumeur gauche est kystique : plus d'un litre de liquide jaune pâle s'en est échappé dans le cours de l'opération. Des petites masses solides, faisant penser à des myosarcomes, émanent de la surface externe de cette tumeur.
L'utérus présente des parois épaissies, de 1 à 2 pouces d'épaisseur. Ces parois contiennent de nombreuses petites tumeurs dont une assez large, kystique.
La trompe et l'ovaire droits n'offrent rien de particulier; mais la trompe et le mésosalpinx gauche sont augmentés de volume, contenant des noyaux néoplasiques solides. L'ovaire gauche aussi est élargi et présente une tumeur nodulaire.
Examen microscopique. — Les différents examens, portant sur la paroi utérine, la trompe de Fallope, le mésosalpinx, l'ovaire gauche et la large tumeur abdominale gauche montrent l'envahissement par une néoplasie d'origine périthéliomateuse. Les cellules apparaissent comme provenant de l'adventice des vaisseaux sanguins; elles forment de larges masses, situées dans des espaces alvéolaires formés par des éléments musculaires.
Suites opératoires. — Après des troubles délirants, la nuit même de
toute
l'opération, la malade eut, deux jours après, un accès de dyspnée, qui dura plus de quarante minutes, et ne se reproduisit plus par Ja suite. Mais la température, assez élevée chaque soir, ainsi que l'inflammation des veines variqueuses, les troubles digestifs, les selles fétides, firent craindre une issue fatale. Ces symptômes s'amendèrent assez rapidement, et la malade put sortir de l'hôpital en apparence guérie.
Quatre mois après, un examen de la malade ne montrait aucun signe de récidive, ni du côté du petit bassin, ni du côté de la cicatrice. La malade ne se plaignait absolument de rien.
On fut informé, un an plus tard, que M À. F... était morte d'une pneumonie septique à la suite d'une inflammation de la saphène droite. Sans aucun doute, la nouvelle tumeur avait dû redevenir active, et avait obstrué les veines de la jambe gauche.