OBSERVATION XIV
CuruBert-Lockyer et Alban Doran, 1908.
Cas de fibrome utérin montrant une dégénérescence périthéliomateuse.
E. J..., 49 ans, entre à l'hôpital pour tumeur abdominale ayant depuis sept ans augmenté de volume. Cinq semaines avant son admission, une ponction praliquée par un médecin donna environ un demilitre de liquide, sans grande diminution du volume de la tumeur.
Jusqu'à l'année précédente, les règles avaient été normales, lorsqu'elles cessèrent durant six mois; à la fin de cette période, un léger écoulement de sang fut observé, se reproduisant environ toutes les six semaines.
La malade était mariée depuis trente ans. Cinq enfants, plus un avortement qui arriva entre ses deux dernières grossesses.
Comme antécédents personnels, on peut citer une atteinte de rhumatisme vers l'âge de 18 ans. À noter aussi que la malade est sujette aux vomissements bilieux. +
À l'examen, Me J... paraîl jouir d'une assez bonne santé. Pas d'amaigrissement. Léger œdème du côté des membres inférieurs.
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L'abdomen est fortement distendu et son augmentation de volume a élé rapide depuis le dernier examen médical. Pas d'œdème de la paroi abdominale. Pas de tuméfaction des glandes inguino-fémorales.
La tumeur paraît de consistance molle, fluctuante par endroit. L'utérus peut être assez nettement délimité; il est rejelé en avant par la tumeur.
La température est normale. Le pouls, petit, mais régulier, est à 80.
Pas d'albumine dans les urines.
Opération. —L'hystérectomie subtotale est pratiquée. A l'ouverture du péritoine, après écoulement d'une faible quantité de liquide, apparaît une tumeur très vasculaire d'apparence kystique. Une ponction provoque une hémorragie sérieuse. On prolonge l’incision au delà de l’ombilic et l'on aperçoit l'épiploon, avec des vaisseaux très dilalés et partiellement adhérent à la tumeur. Après plusieurs ligatures, on sectionne les adhérences.
Les ovaires et les trompes sont réunis à la tumeur par des tractus fibreux.
Après avoir constaté la connexion entre l'utérus et la tumeur, la section au-dessus du col utérin est assez rapidement effectuée.
L'opération dure deux heures. La malade ne présente aucun choc opératoire,
EXAMEN DE LA PIÈCE. — Le poids des parties enlevées est de 45 livres. Celles-ci consistent en utérus, annexes avec fibrome de l'ovaire droit. Les parois utérines latérales contiennent chacune un noyau fibreux. La cavité est allongée.
Du fond de l'utérus émane une lumeur fibroïde, kystique. Une petite tumeur pédiculée de la grosseur d'une noix siège dans le ligament rond droit.
Examen microscopique. — La tumeur abdominale volumineuse montre une transformation cellulaire périthéliomateuse. Celle-ci se manifeste par la présence de petites cellules rondes, qui sonten intime connexion avec les nombreux vaisseaux et paraissent dériver de leur paroi extérieure. Ces vaisseaux ont des parois épaisses et nullement embryonnaires comme les vaisseaux dans un sarcome plus malin. Les nouvelles cellules rondes cheminent, en colonnes, dans le tissu
(ibro-museulaire et les colorants ont sur elles une action plus intense que sur les noyaux musculaires ou sur les cellules fibreuses. Les éléments néoplasiques ont une tendance à s'agréger autour des vaisseaux, ressemblant à une infiltration inflammatoire ; mais les cellules sont plus larges que des leucocytes.
Suiles opératoires. — Durant la première semaine, les troubles délirants sont assez accentués. Le vinglième jour après l'opération, la malade sort guérie.
Huit mois après, Me J... était complètement rétablie, conservant seulement un peu de faiblesse générale.
Après plus de six ans, la malade est examinée : elle ne présente rien d'anormal, ni du côté de la cicatrice abdominale, ni du côté du
col de l'utérus.
OBSERVATION XV (résumée).
Lovro HaLerzkA, 1904.
Sarcome périvasculaire primitif de la paroi utérine.
Me X..., âgée de 50 ans, réglée à 15 ans, mariée à 20 ans. Deux grossesses à terme. Un avortement de deux mois. Les règles ont toujours été normales. La ménopause s'est installée sans aucun trouble à 44 ans.
Il y a un mois, violentes douleurs abdominales pendant la miction, malaise général, suivi de perte de connaissance. La malac'e est ranimée, les douleurs sont atténuées par les soins d'un médecin; mais une sensation de pesanteur persiste dans le bas-ventre.
L'êlat général, déjà peu satisfaisant, s'aggrave : pâleur, faiblesse extrême, anorexie. Le ventre devient douloureux et se ballonne à nouveau. Forte élévation de température. Trace d'albumine dans les urines.
A l'examen, abdomen distendu, avec peau pâle et vergetures anciennes. Tumeur régulière, dure, élastique à mobilité nulle, douloureuse à la palpation, Ss'élevant à trois travers de doigt au-dessus
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de l'ombilie. Les dimensions sont celles d'une tête d'enfant Les adhérences intestinales rendent l'examen difficile. Pas d'ascite.
Le col et les régions vaginale et vulvaire sont normales. L'utérus est rejeté en avant par la tumeur qui adhère fortement à sa face postérieure. 9 centimètres à l'hystérométrie.
Ce que l'on croît être un prolongement de la tumeur occupe tout le petit bassin déprimant le cul-de-sac postérieur du vagin. Cette portion tumorale offre une surface lisse et une consistance kystique.
Le diagnostic s'offre entre :
1° Kyste ovarique avec torsion du pédicule et fixation dans le Douglas ;
2° Tumeur ovarienne à développement intraligamentaire ;
3° Myome interstitiel kystique de la paroi postérieure de l'utérus;
4° Hématocèle.
Opéralion. — Après l'ouverture du périloine, qui est épaissi, on examine etisole la tumeur. En cherchant à la soulever, elle serompt: c'était une hématocèle avec caillots sanguins, qui furent enlevés. On percoit alors une déchirure de la face postérieure de l'utérus, et l'on pratique l'hystérectomie totale.
Le pouls, irrégulier et petit avant l'opération, devient arythmique. Mort rapide, malgré une injection de sérum artificiel.
La température qui oscillait entre 38‘5 et 39 avant l'opération, s'élève à 39°5 Le jour de la mort.
EXAMEN DE LA PIÈCE. — Tumeur sanguine avec caillots anciens.
La face antérieure de l'utérus est pâle. Trompe et ovaires atrophiées.
Sa face postérieure présente une brèche circulaire de tissu rougeâtre, à taches blanchâtres par endroit. Dans la zone avoisinant la rupture, on trouve des groupes de cellules foncées et de vaisseaux parfois volumineux avec plusieurs cellules épaissies et imbriquées.
Plus près encore de la surface de section, formation cellulaire atypique. Nombreux éléments conjonctifs, stroma fibrillaire, quelques leucocytes, nombreux restes d'hématies. Quelques éléments à noyau volumineux.Quelques cellules géantes avec quatre ou cinq noyaux. Pas de figure de karyokinèse.
Dans certains points angio-sarcome, tissu fondamental homogène
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avec lacs sanguins revêtus d'endothélium. À mesure que l'on se rapproche de la surface de rupture, ces lacs deviennent plus rares, landis que le tissu fondamental acquiert les caractères du sarcome pur.
Il s'agit, en définitive, d'un angio-sarcome, dont le point de départ a été dans les éléments périvasculaires, qui se sont transformés en éléments sarcomateux.