CHAPITRE Il
Etiologie.
L'étiologie des sarcomes de l'utérus, comme celle de toutes les tumeurs malignes, en général, est encore très obscure. Tout au plus si, à l'heure actuelle, on a pu noter certains faits coïncidant avec l'apparition de ces tumeurs, certaines causes susceptibles de les favoriser. |
On n'a pas été sans remarquer que l'époque de la ménopause devait avoir quelque influence sur l'évolution sarcomateuse. On constate, en effet, que l’âge des différentes malades varie presque toujours entre 45 et 62 ans (Obs. I, V, VI, IX, X, XI...) et que, pour le maximum des cas, l’âge moyen est entre 50 et 60 ans. Maisil n'en est pas toujours ainsi; etsans vouloir affirmer, comme autrefois, que le sarcome ést une affection de la jeunesse ou de l'adolescence, on cite plusieurs cas se rapportant à des malades de 15, 13, 2 ans même — tous les auteurs classiques citent ces observations —, et d'autres de 22 (Obs. II), 36 et 38 ans (Obs. XIIT, VII). Et nous devons conclure de ces différentes données que si les sarcomes ont une date très critique dans l'âge de la ménopause, ils n'en évoluent pas moins aussi chez les jeunes ; mais ces cas doivent, semble-t-il, être considérés comme des exceptions ou des raretés.
On à aussi voulu, comme cause prédisposante, faire jouer un rôle au traumatisme. Et Villard cite l'observation d'une femme qu, ayant subi un choc dans la région sacrée durant une période menstruelle, aurait présenté, deux mois après, des symptômes de myome malin. De même Laurent rapporte une
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chute sur Le ventre à l'origine d'une prolifération sarcomateuse de l'utérus. Mais nous devons reconnaitre que ces observations sont trop peu nombreuses pour permettre de donner quelque valeur à cette influence du traumatisme.
Une question plus importante serait peut-être de savoir si les femmes ayant eu des enfants sont plus sujettes que les nullipares à contracter l'affection qui nous intéresse ? Terrillon, en 1890, semblait admettre l'influence de la nulliparité et il rapportait sur 14 observations deux cas seulement de grossesse — et encore de primiparité. Actuellement, on doit reconnaitre que sur ce point cest une opinion tout à fait contraire qui prédomine : les cas de sarcomes sont, en effet, beaucoup plus fréquents chez les multipares (Obs. V, IX, XI, XII, XII) et ne s'observent que très rarement chez les vierges (Obs. I).
Certaines causes locales, avortements, métrites, pertes blanches..., paraissent aussi favoriser le développement du sarcome utérin. Mais leur rôle est encore loin d’être élucidé, d'autant plus que ces affections ne précèdent ou n'accompagnent pas toujours le sarcome.
Ce qui à beaucoup attiré l'attention de bien des cliniciens et anatomo-patholôgistes, c'est l'apparition d’une production sarcomateuse sur un fibrome longtemps silencieux; quelques-uns ont même prétendu que toujours le sarcome se développait sur un fibrome préexistant, et nous avons déjà montré dans notre introduction, en rapprochant diverses statistiques, la fréquence relative de ces greffes sarcomateuses. Mais la coexistence ou plutôt la succession de deux tumeurs, l’une plus ancienne, l’autre récente, implique-t-elle l'influence de l’une sur la production de l’autre? Dans certains cas évidemment, cette influence pourrait être admise; mais elle est loin de pouvoir être démontrée. Et, de plus, existerait-elle, qu'elle n’expliquerait pas l'évolution des sarcomes de la muqueuse et aussi des « sarcomes primitifs » naissant indépendamment de tout processus fibromateux.
Il nous resterait encore à parler non plus des influences favorisantes, mais des causes immédiates qui, nous devons l'avouer,
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restent encore à l'heure actuelle du domaine des hypothèses. Nous ne nous arrêterons pas évidemment sur toutes les théories basées sur les anomalies du développement, celles de Bard, de Conheim...; ce n’est pas ici, semble-t-il, le lieu de les discuter.
L'hypothèse microbienne aurait été admise par quelques microbiologistes. Et Claisse, en 1900, affirme l'action directe d'éléments microbiens, mais de virulence atténuée, dans la production sarcomaleuse greffée sur un fibrome.
Actuellement, avec Ménétrier, on tend à chercher la pathogénie aussi bien des sarcomes de l'utérus que des différents néoplasmes dans l'inflammation. Nous dirons quelques mots de cette théorie toute récente, bien que sa place soit plutôt dans la question des sarcomes en général. Ménétrier eut son attention tout parliculièrement attirée sur les affections locales nombreuses précédant l'apparition des néoplasmes : ce serait, pour les sarcomes du corps de l'utérus, les pertes blanches, les métrites, les accidents infectieux souvent consécutifs aux avortements. Et il admit à l'origine des tumeurs une hyperplasie inflammatoire des tissus normaux évoluant vers une néoformation bénigne d'abord, le fibro-myome, — maligne ensuite — le sarcome, de même que l'épithéliome succéderait à l'adénome.
Cette théorie est d'autant plus intéressante que Fischer a montré expérimentalement la production d'un carcinome sur un tissu inflammatoire, créé par l'injection sous-cutanée d'un caustique chimique; mais de semblables recherches demanderaient à être poursuivies longtemps, pour enlever à cette idée de Ménétrier son caractère de pure hypothèse.