CHAPITRE IV
Anatomie pathologique.
À. Caractères macroscopiques.
Sarcomes de la muqueuse. — Ces sarcomes se présentent à l'ouverture du péritoine, au cours d'une opération, sous l'aspect d'une augmentation de volume de l'utérus. Celle-ci peut atteindre ou même dépasser la région ombilicale. Le poids de la tumeur, y compris l'utérus, est variable, pouvant aller jusqu’à 3 (Obs. XVIL) et 8 kilos (Terrillon). Le corps utérin s'offre avec sa coloration musculaire, et le plus souvent avec sa consistance normales. Quelquefois cependant une rétention hémorragique ou de produits sécrétés par la muqueuse de la cavité peut faire apparaitre une demi-fluctuation profonde.
La forme de l'utérus est régulière, sans lobule, sans bosselure. Le col est sain. Le péritoine est parfois adhérent au corps utérin, et recouvre des vaisseaux très dilatés, revêtant la forme de sinus. Il n'y a généralement pas d’ascite et pas d'envahissement des organes voisins par la tumeur.
A la coupe, la portion néoplasique peut affecter différents aspects : la forme polypoïde et la forme en nappe ou diffuse.
Le polype sarcomateux, peu mentionné par suite probablement de sa confusion fréquente avec le polype fibreux, s'offre en effet avec toutes les apparences de ce dernier. Il occupe et dilate la cavité utérine ainsi que la portion cervicale. Son volume peut atteindre celui d’un œuf, d'un poing, d'une tête fœtale, et
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son poids varie dans les mêmes proportions. Un pédicule plus ou moins étroit le rattache à la muqueuse. Sa coloration est pâle, rosée, violacée par place, par suite de sphacèle. Mais sa consistance peu résistante, mollasse et sa section se présentant avec l'aspect d’un tissu mou, pâle, permettent une différenciaion possible avec le polype fibreux.
Dans la forme diffuse, bien décrite par Aubry (1896), la muqueuse interne est irrégulière, mamelonnée, ecchymotique, nécrosée par place. La couche néoplasique offre un certain degré de mollesse, de friabilité et une coloration blanc rosé, qui contraste avec le tissu musculaire voisin.
Celui-ci, plus peut-être dans cette dernière forme que dans l’aspect polypoïde, ne présente qu'une hypertrophie notable, une vascularisation assez intense.
La cavité utérine retient parfois un liquide hématique ou séropurulent provoquant la formation d'un hématomètre ou d'un pyomètre, quand il y a obstruction du col utérin par le tissu néoformé.
Sarcomes de la musculeuse. — Comme pour les sarcomes de la muqueuse, ces tumeurs peuvent se manifester par une augmentation de volume de l'utérus; mais ordinairement celle-ci, au lieu d'englober la totalité du corps utérin, se localise à une région, postérieure, antérieure ou latérale. Le plus souvent, la tumeur irrégulière, bosselée, soulève le péritoine, ayant comme rapport avec l'utérus un pédicule ou une base plus ou moins large. Nous avons donc la forme parenchymateuse et la forme sous-péritonéale pouvant être unique ou multiple. Il reste encore, comme pour le fibrome, la localisation sous-muqueuse (Obs. Il) rarement observée par suite de l'envahissement rapide de la paroi utérine par le néoplasme.
Le volume de la tumeur est variable, pouvant aller de celui d'une noix (Obs. Il) à celui de deux poings réunis (Obs. VI), d'une tête d'adulte (Obs. X).
Son poids varie dans les mêmes proportions jusqu'à atteindre 26 livres (Obs. V) et même 29 livres (Villard).
Sa coloration est rougeâtre; sa consistance est ferme, mais
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pas uniformément, par suite des formations pseudo-kystiques fréquentes.
La périphérie de la tumeur est sillonnée de vaisseaux nom- breux, dilatés, et présente souvent des adhérences avec le péritoine, l'épiploon. |
La vessie, le rectum peuvent offrir, mais à une période déjà avancée de l'affection, une infiltration néoplasique. Et les métastases pulmonaires, hépaliques, péritonéales, veineuses, pour ne citer que les plus fréquentes, sont souvent rencontrées, venant compliquer l'affection primitive.
À la coupe, la cavité utérine est ordinairement saine, de même que le col utérin. La section des parois utérines et du néoplasme peuvent montrer des points blancs rosés de fibromyomes, et à côté des portions grisâtres, ramollies, gélatiniformes, très vascularisées. Quelquefois, il n’y à aucun noyau fibromateux, mais un simple tissu de sarcome, comme en auraient rencontré certains auteurs dans les sarcomes « primitifs » de l'utérus.
Le centre des néoplasmes ou même leurs parties latérales peuvent être occupés par des formations myxoïdes ou nécrotiques, et l’on aperçoit, dans ce dernier cas, des cavités à paroi néoplasique et à contenu séreux ou grumeleux, jaunâtre ou hémorragique (Obs. 1).
B. Caractères microscopiques.
Sans faire ici d’étude distincte pour les sarcomes de Île muqueuse et ceux de la musculeuse, on peut dire que les sarcomes utérins offrent deux types histologiques : les types globo et fuso-cellulaires.
Le premieraffecte surtout Les tumeurs à localisation muqueuse. Les éléments cellulaires arrondis, à protoplasma peu abondant, à noyau volumineux, prolifèrent très activement dans la région endométrale, entourant et détruisant les culs-de-sac glandulaires,s’infiltrant parfois dans les interstices musculaires (Obs. XVT). Il n'est pas rare de rencontrer, associées, des cellules rondes et
fusiformes ; mais une prolifération d'éléments fusiformes cellulaires seuls est chose peu fréquente.
Cette dernière forme appartient surtout aux sarcomes de la région « interstitielle » ; les cellules se présentent alors étirées, à noyau fusiforme ou en bâtonnet, à protoplasma clair. Leur réunion engendre des trainées, des faisceaux cellulaires, vus différemment sous le microscope suivant que la coupe est longitudinale ou transversale : c’est ainsi que l'on aperçoit souvent dans les préparations des éléments arrondis, d'aspect globocellulaire qui ne sont autre chose que les éléments fusiformes vus dans une coupe transversale. Parfois s'offre un mélange d'éléments ronds et fusiformes avec des cellules de transition entre les deux formations. Parfois aussi, mais plus rarement, le type globo-cellulaire existe seul (Obs. VI, XIT):
A côté de ces deux formes bien définies, globo-cellulaire et fuso-cellulaire, l’on peut apercevoir des éléments atypiques curieux dans les deux genres de tumeurs. C'est ainsi que certaines cellules ont une forme irrégulière, anguleuse, polyédrique ; d’autres sont volumineuses à noyau unique ou bourgeonnant (Obs. [); dans certains points enfin peuvent apparaitre des éléments considérables à noyaux multiples (Obs. IT). On s'explique ainsi les différents termes employés pour désigner les néoplasmes présentant de pareilles formes cellulaires : sarcomes à cellules polymorphes, à cellules géantes, à myéloplaxes.
Dans le tissu néoplasique, on remarque une vascularisation ordinairement intense. Des capillaires à mince endothélium, des fentes vasculaires à paroi purement néoplasique s'offrent dans de nombreuses régions. Parfois même la tumeur parait constituée par une infinité de lacs sanguins, et cette disposition explique la dénomination d'angiosarcome, très peu employée du reste, pour désigner certaines tumeurs vasculaires rares du corps utérin (Obs. XV).
Nous ne parlerons pas des lympho-sarcomes et des sarcomes mélaniques de l'utérus; certains auteurs les citent sans s'y arrêter (Pozzi). Ils doivent être extrêmement rares. Nous n’en avons rencontré aucun dans nos recherches.
Dans ces différentes formes de sarcomes, mais surtout dans ceux de la musculaire, on peut percevoir sous le microscope diverses transformations très apparentes et de trois ordres : myxoïdes, nécrotiques et pseudo-kystiques.
Les points myxoïdes (Obs. V) sont formés d'ilots petits, de cellules rondes ou fusiformes, noyées dans une substance amorphe, transparente, non colorable par les réactifs ordinaires.
Les régions nécrotiques (Obs. 1) se présentent à différents stades : l'on aperçoit par endroit des amas de cellules en voie de désagrégalion graisseuse ou vacuolaire avec coloration en masse des noyaux et phénomènes de karyolyse. À un stade plus avancé, les éléments cellulaires gisent méconnaissables, déformés, partiellement détruits. La coloration élective des noyaux par l'hématéine est impossible. Le tissu offre l'aspect d'une masse caséeuse (Obs. |).
Enfin dans les productions kystiques, la paroi est uniquement constituée par les éléments néoplasiques ronds ou fusiformes. La partie interne toute superficielle montre un effritement des cellules sarcomateuses, une nécrose de ces éléments; et le contenu kystique, de quantité variable, offre fréquemment après centrifugation des fragments presque méconnaissables de cel-
lules et d'hématies (Obs. XVIII, XIX, XX).