LIVRE IV. I
Magiciens que les Corybantes? Or, du nombre de ces Satyres Prestres et Sorciers, estoient ces deux génies du pays Latin Faune et Pic, hommes parfaicts et non point demy-boucs, tels que sont les vrays Satyres. Aussi voyons-nous qu'ils se rendoient souvent invisibles, et quelquefois se revestoient de diverses apparences : et que suivant l'exemple des Sorcières de Thessalie, qui par magie tiroient la Lune du Ciel, ils contraignirent un Jupiter falsifié de sortir du haut de l'Olympe, c'est à dire un vray Démon du creux de l'enfer, lequel à sa venue fit crouler d'horreur les fondemens de l'Aventin, et glacer de crainte les moelles de Numa, ne parlant qu'en termes interrompus et douteux. Ce qu'ils firent, non point avec ceste herbe Osirite qui par sa vertu naturelle, selon Pline, rappelle sur terre les ombres des morts :
mais par des moyens ineffables et des conjurations qu'Ovide ne dit point pour ne les sçavoir pas. A quoy Plutarque
ne donne pas une légère authorité quand il escrit, que Faune et Pic alloient par toute l'Italie faisant les mesmes miracles par drogues, charmes, et arts magiques, que les Idaees Dactyles qui sont les Corybantes.
Mais que dirons-nous des Satyres de Philostrate? Quelqu'un peut estre, par ce forcenement d'amour de l'un et de l'autre, conforme à ce que Ton conte des Satyres Incubes comme il sera veu cy-après, et par les actions et menaces secrettes dont Apollonius se servit contre celuy d'Ethiopie, se pourroit imaginer qu'ils estoient démons. Mais il est certain que tout le discours de la vie de ce Magicien n'est qu'une imposture, et que le VI. livre spécialement n'est remply que de faulsetez, ainsi mesme que nous l'enseigne Eusebe contre ce sacrilège calumniateur de Dieu, Hierocles : ce qu'il prouve par les Pygmees, les Anthropophages, et ce Satyre mesme dont Philostrate faict