LIVRE IV
esté les Sophistes dont les subtilitez tromperesses ont rendu les Satyres mescognoissables. Mais comme les deux Serviliens, pour leur estroite ressemblance, estoient pris souvent l'un pour l'autre par ceux qui ne les voyoient qu'en public, et facilement discernez par leurs domestiques: les Satyres, de mesme, sont tellement semblables en la description de leur figure, que ceux qui ne les verront que par rencontre en passant sur les livres, se trouveront à tout propos surpris : mais ceux qui en considéreront de plus près les actions, y appercevront des différences si signalées, qu'il leur sera facile de recognoistre quels doivent estre estimez, Singes, Monstres, ou Démons.
Je craindrois, certes, que la vérité ne me peust justement accuser de prévarication, et d'avoir péché contre mon propre dessein, si par le silence je laissois dans l'incertitude ce que Ton doit croire de ces deux Satyres, Faune et
Pic, par la faveur desquels Numa cogneut les sacrifices convenables peur appaiser les fulgurations : et ce que Philostrate, au sixiesme livre de la Vie d'Apollonius Thyaneen, rapporte de deux autres, l'un desquels, par une concupiscence effrénée, violentoit les femmes iEthyopiennes, jusqu'à les faire mourir, et l'autre, se couvrant les espaules d'une peau de cerf, avoit accoustumé d'aller voir une femme de Lemnos.
Strabon, en plusieurs endroits de sa Géographie, nous apprend qu'il y eut jadis certains Prestres de Bacchus nommez Satyres et Silènes, en mémoire peut estre des Singes Satyres inséparables compagnons de ce Dieu. Ils estoient ses grands Ministres, les Maistres des dances que l'on celebroit en son honneur, et reputez semblables aux Corybantes. Mais qu'est-ce dire autre chose, sinon qu'ils estoient ses Orpheotelestes, les conducteurs du bal en ces vieux Sabats les Trieteriques, et aussi grands