LIVRE IV
mention. Aussi le mensonge qui ne se peut jamais rendre uniforme, se descouvre de luy-mesme en cet endroit; Ton peut cognoistre ce que l'on doit croire de tout le reste de cette Histoire, par ce que cet Autheur a inventé contre la vérité, et mesme contre les Fables, qu'Apollonius ayant versé du vin dans une fosse où souloit boire le bestail, et par la force de sa science contrainct ce Satyre d'y venir boire, il perdit la fierté maligne de sa nature, et l'ardeur de sa concupiscence dans ce breuvage, sans plus malfaire ny poursuivre les femmes de ce pays. Car jamais personne n'a dit que les Satyres esteignent leur malice et leur lasciveté par le vin, et les Fables les représentent tousjours yvres ettousjours furieux d'amour : d'où vient que ceux-là qui veulent expliquer mistiquement cette compagnie bouffonne du bon Père Bacchus, disent qu'elle nous monstre que Priape est fils de Bacchus, et que le vin est le véritable feu d'amour. Ce conte
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faict à plaisir de ces Satyres qui ne furent jamais, pourroit estre augmenté de plusieurs que les Poètes ont forgé avec ce qu'ils en ont discouru : tel que fut ce Marsyas, qui perdit sa peau pour avoir impudemment préféré son hautbois à la harpe d'Apollon : tel que ce Satyre fabuleux dont la Nymphe Amimone fut poursuivie d'amour, l'ayant resveillé par mesgarde, du javelot qu'elle pensoit jetter contre un cerf : tel que celuy qui, ravy de la beauté du feu la première fois qu'il le vit, se fust précipité dedans pour l'embrasser si Promethee ne l'en eust empesché, et tant d'autres qu'il est facile, voire aux plus simples, de discerner dans les Fables, d'avec les trois espèces de vrays Satyres dont nous avons parlé.