LIVRE V
DE L'ERREUR QUI FIT CROIRE QU'lL y AVOIT DES FAUX DEMY-DIEUX SATYRES, ET EN ADORER LES IDOLES *. ET DES EXPLICA- TIONS DE LA FIGURE DE PAN.
ncore que dans le livre précèdent nous ayons parlé de la faulse divinité des Satyres et Sylvains, et pour le particulier de leur adoration renvoyé les esprits curieux à ceux qui en ont expressément escrit : nous avons pourtant estimé qu'il ne sera point hors de propos de traicter en cet endroict séparément deux choses concernant la figure mons-
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trueuse de ces demy-Dieux boucquins :
la première, d'où s'est glissée dans les âmes du vulgaire, la croyance erronée qu'il y avoit de tels génies célestes de ceste forme grotesque et chimérique :
et l'autre, par quelles sçavantes mythologies les Philosophes plus clair-voyants en la nature de Dieu, ont discouru de l'Idole de ces Pans. Dont celle-là, qui ne se trouvera point ailleurs, me faict imaginer que la nouveauté luy donnera quelque grâce : et celle-cy où nous avons assemblé ce que les autheurs en ont escrit en divers lieux, et enrichy leurs inventions de ce qu'ils avoient obmis, ne sera peut-estre point désagréable.
Il semble bien que les Grecs, surpris de l'erreur populaire des premiers siècles, tous les Dieux desquels estoient nez d'incestes et d'adultères, et monstrueux en leur figure, ayent fait ces demy- Dieux boucquins, sur l'image de ces monstres d'horreur engendrez malgré la nature. Ce que l'on pourroit authoriser