LIVRE V
par la naissance de Pan, qu'ils disoient fils de Pénélope et de Mercure changé en bouc, ou de Jupiter et de Hybris, c'est à dire, de la honte. Mais, outre qu'il est hors d'apparence de croire qu'ils ayent admis quelque Divinité en ces monstres abominables, et que l'adoration des Satyres est beaucoup plus ancienne que ces Fables, il est certain que l'Egypte, matrice infortunée de l'Idolâtrie, les ayant receus la première dans son giron, en a formé les Idoles sur la figure des Singes Satyres, et que les Grecs, leur ayant faict passer la mer, en ont acreu la fausse Divinité par des mystères qu'euxmesme ne cognoissoient pas.
Les Egyptiens, plus estranges en leurs superstitions qu'enigmatiques en leur doctrine, estoient si peu curieux delà vérité, que de toutes leurs ordonnances civiles, ils en faisoient des cérémonies de Religion : et se laissant emporter aux inventions des Poètes, qui ont tousjours esté bien receus parmy eux, ils mettoient
en oubly la raison première de telles institutions, et s'abandonnoient à certaines vénérations mystérieuses, dont il estoit deffendu de chercher la cognoissance. L'hommage qu'ils rendoient aux animaux avec tant de révérence, procéda de cette mauvaise coustume. Car les chefs de guerre, pour empescher les desordres de leurs armées, qui leur ravissoient à toute occasion la victoire d'entre les mains, inventèrent les enseignes appelées Saurites, qui estoient haiebardes au haut desquelles certains animaux estoient attachez, et selon leur diversité distinguèrent les combattans.
Et cet ordre leur ayant en plusieurs rencontres réussi heureusement, le peuple porta du commencement quelque honneur aux animaux dont ces enseignes estoient composées : et depuis, les Fables leur ayant persuadé que les Dieux chassez du Ciel par le Géant Typhon, ou par les meschants qui estoient en bien plus grand nombre