LIVRE V
qu'eux, s'estoient venus cacher en Egypte sous la peau de diverses bestes, ils esleverent des autels à ces bestes, et les adorèrent en fin pour les Dieux mesmes. Ce qui faict dire à Juvenal :
Tous adorent le chien et personne Diane.
Ainsi donc après la mort d'Osiris, ou Bacchus, ayant institué quelques Festes et Sacrifices à l'éternité de sa gloire, ils n'oublièrent pas, entre les cérémonies qui y estoient ordonnées, les danses et plaisanteries de ces Singes Satyres que ce Prince faisoit tousjours mener à sa suitte : et à l'entour des statues qu'ils luy dressèrent en ses Temples, y représentèrent les images de ces animaux. Si bien que par succession de temps, ces Festes s'estant esloignées de leur institution, il en arriva ce que S. Cyprian escrit de toutes les cérémonies religieuses des Payens, lesquelles à leur naissance n'ayant esté qu'une consolation des peuples en la perte de leur Prince, furent
l8é DES SATYRES
receues par les suivants pour véritables sacrifices et honneurs divins. Osiris, en mémoire duquel ces solemnitez estoient célébrées, fut estimé Dieu, et les Satyres qui en accompagnoient la pompe participèrent à sa divinité. Et comme les courtisans d'Ethiopie avoient de coustume de se rendre en toutes leurs parolles et leurs actions semblables à leur Roy, dont ils estoient les vrays Singes, paroissant borgnes, s'il n'avoit qu'un œil, et bégayant s'il n'avoit pas la langue libre : de mesme ces Singes Satyres, dont la Cour de Bacchus estoit remplie, se sont rendus dans Perloignement des aages tellement semblables à leur Prince, que le vulgaire en fin préoccupé de mille fausses opinions, adorant son idole comme d'un puissant Dieu, s'est facilement persuadé que ceux qu'il voyoit représentez à l'entour de luy, estoient des génies célestes et de grands Démons, lesquels sous cette figure estrange, à l'exemple de l'Adonis de