LIVRE V
Venus, et de l'Atys de Cibele, assistoient tousjours de leur présence sa feinte divinité. Cette croyance leur fut confirmée par l'authorité des Poètes, lesquels n'osants contrevenir aux reigles de leur art qui leur defFend de parler selon la nue vérité, ont escrit de Bacchus, comme de quelque Dieu, de ces Singes comme de demy-Dieux, et de tout ce qui estoit de mémorable en ses hauts faits comme de choses miraculeuses et divines. Et à ces fictions donnèrent une grande ouverture et authorité, les longues doléances de ces peuples qui avoient de coustume de faire prononcer par quatre vingts jours entier, après la mort de leur Roy, un poème funèbre deux fois en chasque jour pour en célébrer la mémoire, et rappeler l'ame des enfers. Et qui ne jugera que les Idoles de ces Singes représentez à l'entour de Bacchus, ont fait croire aux Egyptiens qu'il fust assisté de tels Demy- Dieux et Génies célestes, puis que le chien qui le suivoit par tout comme un
garde ridelle de sa personne, fit monter leur superstition aveuglée jusqu'à ce point, que de se feindre et adorer un Dieu demy-chien? Mais que ces Singes n'ayent suivy Bacchus dans les resveries de son Apoteose, comme ils avoient faict en sa vie, l'on en peut donner deux raisons. La première est, qu'en tous ses Temples, en toutes ses cérémonies, et en tout ce que les Poètes en escrivent, ils ne s'est jamais veu sans une bonne trouppe de Satyres. En sa grande feste de Grèce, quand il trouva le miel dans la Thrace, et prenant Ariadne pour femme, Ovide ne luy donne pour compagnie que ces faux demy-Dieux raillards et plaisants. Estoit-ce pas aussi la coustume de leur donner le saye de soldat, et le Thyrse en la main (qui estoit une picque entourée de feuilles de vigne ou de lierre) en mémoire de ce qu'ils avoient accompagné Bacchus en ses expéditions militaires ? Et Pausanias remarque pour chose bien extraordinaire,