LIVRE V
qu'au païs d'Elide le vieillard Silène avoit un Temple, non point comme par tout ailleurs, commun avec le Dieu Bacchus, mais particulier et consacré à sa Deïté seulement : ce qu'ils firent peut-estre en recognoissance de son esgarement en la Phrygie.
L'autre raison est tirée de la juste ressemblance qu'il y avoit entre ces faux Dieux et les Singes Satyres. Car tout ce que nous avons escrit de leur figure et de leur nature, estoit donné aux idoles de ces Pans : et les Démons sçavoient bien n'en rien obmettre quand ils ont voulu apparoir sous cette forme. De leur figure personne n'en peut douter. Car premièrement estoient-ils pas figurez avec les parties inférieures d'un bouc, qui les ont faict nommer par Horace Chevre-pieds, et par Ovide demy-Boucs : et avec deux cornes sur le front, qui donnèrent subject à Deriades, en les voyant de loing, de dire qu'ils avoient une teste de taureau ? Car de penser que Nonnus les ait
faict semblables aux taureaux, ce seroit contre l'authorité de tous ceux qui en ont escrit.
Que si les Singes Satyres sont couverts d'un long poil, qui leur faict porter le nom de Velus, comme nous avons monstre, ne sçait-onpas bien qu'il estoit ordinaire, ainsi que dit mesme Philostrate, de peindre les Faunes velus ? dont Apulée nomme Marsyas un Ours à deux pieds. Les Anciens representoient les Satyres sur le théâtre avec des tuniques couvertes d'un long poil des deux costez, et les Silènes couverts de mousse et d'estouppe. Et dans l'Escriture saincte ils n'ont point d'autre nom que les Velus. Esaye, prédisant la désolation de Hierusalem, escrit : que les bestes sauvages et les fantosmes en habiteront les ruines, et que les Velus y danseront et s'escrieront avec des heurlements effroyables l'un à l'autre : ce que la plus part des doctes, dit Eucherius, interprètent des Faunes et Silvains. Et dans le Levitique