LIVRE V
nez. Car chez les Rabins, les Démons appelez Lilithim, c'est à dire, Faunes et Sylvains, dont la naissance trop honteuse selon leurs contes me ferme la bouche, s'eflorçoient par tous moyens de malfaire aux petits enfans quand ils venoient de naistre. Ce que l'on peut apprendre encor du Poëte Lyrique en ses Odes, où il dit :
Toy qui vais poursuivant d'une amour éternelle
Les Nymphes, que souvent tu ne puis arrester :
Passe à travers mes champs, Faune, sans rien gaster,
Ny mal faire aux enfants qui sont à la mamelle.
Cette rougeur esclattante dont la face des Singes Satyres est enluminée, ne fut pas oubliée aux Idoles de ces Démons.
Aussi Nonnus escrit que les Satyres se peignoient de vermillon avant que de combattre : et dans Virgile on void la Nymphe JEglè, qui barbouille de jus de
meures les tempes et le front de Sylene endormy : car les meures ou les grains d'hieble estoient reputez par les Poètes, estre la peinture ordinaire des Faunes.
Ce qui donna subject aux peuples qui croyoient que Pan et Jupiter n' estoient qu'une mesme divinité, de peindre aussi de mesme couleur la face de Jupiter.
D'où vient que les triomphants à Rome, qui se revestoient de la robbe, du sceptre et des autres enseignes de Jupiter Capitolin, se rougissoient aussi le visage pour faire paroistre que leur puissance estoit une vraye image de celle de Dieu : ce qui fut pratiqué premièrement en la personne de Camille. Depuis, à l'exemple de leur souverain, tous les autres -Dieux en ^Ethiopie portoient cette couleur : le jour des Festes à Rome on en coloroit toutes les Images, et les Censeurs, à l'advenement de leur charge, faisoient repeindre tous les Dieux du Capitole.
Enfin la vanité portant l'homme à tout ce qui est grand et divin, les Roys d'As-