LIVRE V
plesse des membres aux dances bouffonesques, et une excessive rage d'amour : lesquelles toutes sont communes dans les livres des Anciens aux Satyres Démons. De leur habitation dans les lieux escartez, nous en avons suffisamment discouru ailleurs : de sorte qu'il nous reste seulement leurs dances grotesques, et leurs feintes impudicitez, qui ont abusé la simplesse de tant de pauvres ignorans.
Nous voyons dans Homère les Fées démener leurs carolles au son de la fluste de Pan, et en maints endroits chez les autres Poètes, luy mesme se met le premier à la dance avec toute sa troupe. Les Nymphes, pourtant, chez Philostrate, se faschent de le voir dancer de mauvaise grâce, et se mocquent de ce qu'il ne faict que trépigner hors de cadence. Et peut-estre que ceste espèce de dance Satyrique nommée Sicinnis, dont les Satyres sont dicts Sicinnistes, estoit une image de ce menu trépignement du
Dieu Pan, conforme aux démarches des Singes quand ils vont sur les deux pieds de derrière. Les Poètes mesmes, ausquels les Dieux ne se sont jamais cachez, s'escartant par les déserts avoient de coustume d'estre de la partie, ainsi qu'Horace le sçait bien dire de luymesme :
Les Faunes chevre-pieds à la plante légère, Carollant à l'ombrage frais Avec les Nymphes des forests, Me retiennent souvent esloigné du vulgaire.
Ce que l'on peut rapporter, si ces assemblées estoient véritables, aux dances des Sorciers avec les Démons, les jours de leurs cérémonies qu'ils appellent Sabbats : car les anciens et plus fameux Poètes estoient tous Magiciens, et ces Satyres Démons.
Mais s'il est vray que les dances au son des cymbales, comme dit un Poëte, soient les armes et les allumettes de