LIVRE V. I
Venus : comment pouvoient les Satyres dancer à tout propos au son de leurs cymbales avec ces belles Nymphes sans les prier d'amour ? et quelle merveille si tant de fois ils ont couru ces fuyardes à travers les champs? Les Satyres sont tousjours représentez dans les Fables avec une lasciveté si prodigieuse, qu'Ovide reproche à Silène comme un crime, qu'il n'est pas encore vieil à son aage. Mesme que ce mot Satyrique est équivoque chez Theocrite et Plutarque, pour signifier lascif. Et ceste herbe que Theophraste estime d'une efficace merveilleuse pour exciter un appétit, ou plustost une rage d'amour au delà des forces humaines, et de laquelle on dit qu'Hercule avoit usé lors qu'il engrossa en une mesme nuict les cinquante filles de Thespie, n'a point eu de nom plus convenable que celui de Satyrion. Que ne peut-on juger du Dieu Pan, lequel interrogé par son Père Mercure s'il estoit marié, respondit qu'il ne le seroit jamais,
pource qu'il ne pouvoit estre content d'une seule femme ? Est-il pas vray que ses désirs ne furent jamais arrestez, et qu'il s'est toujours efforcé de surprendre quelque Nymphe à la desrobée? Mais s'il se vante d'avoir deceu la Lune sous la toison blanche dont il couvrit ses defformitez, la fleute qu'il porte en la main le fera souvenir qu'il fut deceu luy-mesme par des Dieux plus puissants, qui lui firent embrasser des roseaux au lieu de la belle Syringue : et la nudité des jeunes gens qui célèbrent les Lupercales, estoit une marque, non seulement des feux dont il brusla pour Iole, mais encore du mauvais traittement qu'il receut d'Hercule, qu'il avoit pris sous les habits d'Iole pour Iole mesme. Mais à quoy bon tant de Fables ? Les Démons sous la forme de Satyres ontfaict paroistre une lasciveté si furieuse, qu'ils en ont porté le nom d'Incubes : dont mesme en Grec Pan fut appelle Ephialte, en Latin, Inus, et en Aramean, Ennus.