‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 112 sur 130 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Or de discourir icy de ces Incubes, si, privez des organes du sentiment, ils peuvent sentir les chatouillements d'une action hors les termes de leur nature, et s'ils peuvent donner d'eux-mesmes la naissance à quelques hommes : outre que ce seroit nous esloigner de notre subject, Fhonnesteté semble nous le deffendre. Et pour en toucher seulement quelque chose à l'ombre des Fables, nous nous contenterons de dire qu'il estoit ordinaire parmy ces Anciens, de croire que les Dieux venoient du Ciel en terre chercher leurs contentements entre les bras des femmes mortelles, et les Déesses soubsmettre leur divinité aux hommes qu'elles aymoient : et que de ces adultères divins naissoient les Héros, mettoyens entre les Dieux et les hommes.

Mesme qu'a Babylone, à Thebes, et à Patare, ils enfermoient à certaines festes une femme dans le Temple de Jupiter, se persuadant que ce Dieu venoit passer la nuict avec elle. Mais ces Dieux sup-

posez estoient ou bien Démons, qui pour authoriser le vice, entretenoient le peuple en ces deshonnestes cérémonies : ou bien des hommes qui cherchoient l'effect de leurs cupiditez sous le manteau de la Religion. Que s'ils étoient hommes, ils ont peu donner l'estre à d'autres hommes, que l'erreur faisoit croire fils de ces Dieux supposez : ainsi Olympiade se laissa persuader qu'Alexandre estoit fils de Jupiter Ammon, et non pas de Nactenabor Egyptien, qui la trompa dessous les habits de ce Dieu : et Sylvie, que Mars l'avait engrossée du fondateur de Rome et de son frère, et non pas son oncle Amulius qui la venoit voir armé de toutes pièces. Que s'ils estoient Démons, il est certain, selon les doctes Payens, qu'ils ne pouvoient avoir lignée : de faict les Egyptiens ne pouvoient admettre, dit Hérodote, ce que l'historien Hascatase contoit de luy-mesme, qu'un Dieu peut engendrer un homme : et Plutarque tient cette doctrine, qu'une

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