LIVRE V
essence divine ne sçauroit prendre plaisir à la beauté d'une femme, et faire germer en son corps quelque commencement de geniture. Mais pour finir ce premier point, tout ce que la Religion des Payens nous apprend de ces Dieux demy-bouquins, a tant de rapport à ce que l'Histoire Naturelle escrit des Singes Satyres, qu'un œuf ne ressemble pas mieux, dit le proverbe, à un autre œuf. On lit dans Pline que Marc Antoine autrefois acheta pour frères jumeaux, deux jeunes enfans de différente nation, tant ils estoient semblables, mais qu'il s'apperceut bien qu'il avoit esté deceu, lors qu'il les ouyt parler de diverse langue : les Payens de mesme se sont bien laissez tromper par cette vaine ressemblance des Démons avec ces animaux : mais plus stupides, ils n'ont jamais peu se desabuser et les recognoistre à leur parole. Car bien qu'ils ayent veu les impostures manifestes, les prodiges, et les detestations de ces faulses et menson-
gères divinitez, ils se sont pourtant abandonnez à leur folle croyance, et malencontreusement opiniastrez en leur aveuglement et ignorantes superstitions.
Le Poëte Lucilius avoit de coustume de dire des Satyres de Perse, que les ignorans n'y pouvoient rien comprendre, et que les Doctes y trouveroient des intelligences curieuses que l'autheur mesme n'auroit jamais pensé descrire.
L'on en peut dire autant de toutes les Fables de l'Antiquité. Car les esprits abaissez, dont l'ignorance borne la sapience dans l'escorce des termes, ont receu les fictions Poétiques toutes simples, et comme si le manteau des obscuritez qui les envelopoient n'eust esté suffisant pour leur en oster la vraye cognoissance, ils y ont adjousté celui de la Religion, afin qu'il ne leur fust pas permis de la rechercher. Mais ceux qu'une meilleure nature a guidez à une plus haute spéculation, non contens de descouvrir le sens raisonnable que l'on y