LIVRE V
avoit caché, y ont recherché des secrets que les inventeurs mesme ne s'estoient pas imaginez : et de là sont procedées toutes ces mythologies et doctes esclaircissements des Fables que les sages ont transmis à la postérité, et qui par le grand nombre se sont rendus moins intelligibles que les Fables mesmes. Ce que nous avons escrit de la figure, nature et divinité du Dieu Pan, et des Satyres, n'a point eu faute de ces doctes commentateurs. Platon le premier, a dit que Pan estoit l'image de la parolle fille de l'éloquence, comme luy fils de Mercure Dieu de l'éloquence, et que son nom signifioit, Tout, pource que la parolle contient en soy toutes choses par le discours qu'elle en peut faire, voire qu'elle est elle-mesme toutes choses : comme s'il eut cogneu par les efforts naturels de son entendement, ce que personne ne luy avoit appris, que la parolle a tiré du néant tous les estres du monde : II n'a faict que dire, escrit David, et aussi tost ils ont esté
faicts : et qu'au commencement cette parole qui estoit en Dieu, et qui estoit Dieu mesme, a créé dans les choses tant de subjects de hautes admirations. Et dans les diverses natures de l'Idole de Pan, ce Philosophe disoit que l'on pouvoit cognoistre facilement qu'il y a deux sortes de parolle, dont la première, représentée par le visage de l'homme eslevé tousjours vers les Cieux, réside dans le Ciel entre les Dieux, de qui les parolles sont autant d'arrests irrévocables qui ne sont jamais vains, et des serments éternels dont ils ne peuvent se repentir. Et l'autre, que les parties inférieures et cheminantes sur la terre nous mettent devant les yeux, est celle qui, couverte de mensonges impossibles à descouvrir, amuse les hommes par ses faultes et apparences, comme on fait l'enfant avec des osselets.
Quelques autres ont recherché dans l'image de Pan le pourtraict de l'homme nous faisant croire que de ses deux par-