‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 115 sur 130 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

ties, la plus noble c'est à dire l'ame, qui n'a point d'autre object que Dieu, au sein duquel elle s'efforce de retourner comme elle en est descendue, soit peinte dans les parties supérieures de ce Pan : et dans les inférieures, brutales et attachées à la terre, le corps animal et corruptible dont la pesanteur importune agrave incessamment la subtilité de l'ame vers la terre. Mesme que le nom de ce Dieu qui signifie Tout, enseigne que l'homme est un monde racourcy et un autre Tout, dans la petitesse duquel toutes les merveilles de ce grand Univers sont par merveilles renfermées. Il semble que S. Grégoire n'ait pas voulu seulement apporter de l'esclaircissement à cette explication, mais luy donner de l'authorité : car sur le passage de l'Escriture où nostre Seigneur commande à ses Apostres de prescher l'évangile à toute créature, il escrit que cela ne se doit rapporter qu'à l'homme, parce qu'il est seul toute créature, pour lequel Dieu a

formé tout-le monde, et qui contient en soy toutes choses, non seulement les natures élémentaires, mais aussi les essences surnaturelles, ayant l'estre des pierres, la vie des arbres, le sentiment des animaux, et l'intelligence des Anges. Mais l'opinion plus commune est de ceux lesquels, sçachans que leurs devanciers pour se rendre complaisants au vulgaire, comme nous disions, avoient escrit les effects incompréhensibles de Dieu, en lettres sacrées et hieroglifiques mystérieux, se sont efforcez de chercher dans toutes les Fables (vrays Silènes d'Alcibiade) quelque image de la suprême divinité. Et bien que l'adoration des Faunes et Satyres ne soit pas une invention mystique des sçavants, ains une erreur du peuple qui a receu les Statues des Singes Satyres pour des images de demy-Dieux, ils n'ont pas laissé de philosopher sur l'Idole du Dieu Pan, et par la force d'un beau discours monstre qu'il pouvoit estre le pourtraict du principe

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