LIVRE V
universel de toutes générations, et de cette vertu efficace qui produict, entretient et fomente toutes les choses du monde. Et de faict Orphée nomme Pan Engendrant tout, et auteur des choses, et Suidas Biarcée comme donnant la vie :
aussi voyons-nous dans le Comique Latin, que Silène se nomme luy-mesme Dieu de la Nature : et que Virgile luy faict chanter la première naissance de l'Univers, ne pouvant introduire personne que en eust une plus parfaicte cognoissance que celuy qui l'a faict. Le docte Grammairien Servius escrit que les Latins se sont trompez d'avoir donné à ce Dieu le nom de Sylvain, et que cet abus est procédé de la double signification du mot Grec : car les Grecs l'appellent Dieu de Hylé, et Hylé ne signifie pas seulement une forest, mais plustôst la lie et la matière putréfiée des Elemens seule propre à la génération. Les Arcades encor mieux, entendoient par ce mot de Hylé toute matière généralement quelconque,
soit céleste, ou terrestre, laquelle est subjecte à la puissance et au gouvernement de Pan. Et pour cette raison Macrobe le faict même Dieu que le Soleil : ce que Ciceron semble donner à entendre, disant que Pan estoit fils du Ciel, car Helios estoit fils d'Ouranos. C'est pourquoy les Grecs, dans tous ces temples, avoient de coustume d'entretenir un feu perpétuel et une lampe tousjours ardente : car le feu est le principe et le commencement de toutes choses , attendu que c'est la substance la plus mouvante qui soit en toute la nature, et que la génération ne se faict point sans mouvement : et void-on que toute autre matière, quand la chaleur luy défaut, demeure oisive et immobile, appetant et recherchant la vigueur du feu comme son ame. Aussi les Pytagoriciens vouloient que le milieu du monde fust le siège et le séjour propre du feu, lequel ils appellent Vesta, et disent estre l'unité, estimant que la terre demeure suspen-