LIVRE V
due à l'entour du feu comme du centre du monde. Parquoy Numa, homme de grand sçavoir, le consacra, et voulut que les Vestales le conservassent sans le laisser esteindre , ne plus ne moins qu'une vive image de la puissance éternelle qui régit et gouverne tout : ce que les Grecs et ce grand personnage Romain avoient appris des ^Egyptiens, lesquels revestoient les Idoles d'Osiris, adoré par le mesme principe et germe generatif des choses, d'habillements reluisants comme feu. Le feu d'amour dont cette Deïté brusloit incessamment, ouvrit le chemin à cette croyance plus Philosophique que Religieuse : car ils estimoient qu'il falloit comprendre en cette lasciveté, les générations perpétuelles de la Nature, qui ne cesse jamais de faire germer en un mesme instant, dans toutes les parties du monde, une infinité de nouveaux estres. Ce que Plutarque semble donner à entendre, quand par le principe de Nature, que Hésiode
nomme Amour, il veut que Osiris soit signifié. Et les Egyptiens, comme enseigne Diodore, ne discouroient point de l'amour de Pan d'une autre sorte : d'où vient qu'ils l'adoroient à Mendes sous la figure d'un bouc, et que les Idoles qu'ils en avoient eslevées, et de tous les autres Satyres, portoient la partie servant à la génération, grande et redressée, pour figurer leur vertu d'engendrer perpétuelle et sans repos. Ainsi estoit peint Osiris parmy eux, en Priape chez les Grecs, dont les mesmes divinitez reçoivent mesmes intelligences : et les signes Satyriques dont Pline faict des amuletes souverains, estoient ces Phalles et Priapes pendus au col des jeunes enfans, pour les préserver contre les fascinations des yeux malins et des langues charmeresses. Cette explication de l'amour de Pan, se rend d'autant plus vray-semblable et naturelle, que son ardeur passionnée luy faisoit chercher d'une affection particulière les doux embrassements des