LIVRE V
Nymphes, c'est à dire, des eaux. Car sous le voile de cette invention l'on vouloit entendre que ce principe chaud et actif, appete par l'inclination de sa nature une matière humide, dont l'estroite union donne l'estre à toutes les choses : car la chaleur et l'humidité sont les deux principes, masle et femelle, de tout ce qui subsiste en l'Univers. Ce qui a fait croire aux Stoïciens que les Astres, qu'ils estimoient de nature de feu, estoient entretenus et nourris des vapeurs humides de la terre, et qu'en fin cette nourriture venant à leur défaillir, la machine du monde periroit et seroit consommée par le feu. Suivant laquelle Philosophie l'on doit entendre ces vers d'Ovide parlant de Jupiter :
Mais lors il luy souvint, qu'un jour le feu doit
prendre (Comme veut le destin qui fera tout mourir) A la terre et aux Cieux pour les réduire en
cendre, Et que cette machine aura fort à souffrir.
C'est pourquoy les Egyptiens solemnisoient aux Calendes du mois Phamenoth, la Feste qu'ils nommoient l'entrée d'Osiris en la Lune Royne des humiditez, disant qu'elle couche avec luy, dont ils l'appellent la mère du monde, et veulent qu'elle soit de nature double, femelle en ce qu'elle est engrossie du Soleil, et masle en ce que de rechef elle respand parmy l'air les semences et principes de génération. Ce qu'ils ont encore voulu signifier nommant Isis (qui est la mesme que Thetis, cette humide nourricière du monde) aucunefois Mouth, et quelquefois Athiri , dont le premier signifie mère, et le second, le lieu de génération et recevant. Et pourquoy feignoient-ïls que le Soleil et la Lune ne sont point voiturez dans des chariots, ains dans des batteaux, esquels ils navigent tout à l'entour du monde, sinon pour monstrer que la chaleur productive des Astres et des Cieux se nourrit d'humidité, cause matérielle de gène-