LIVRE V
leurs mouvements, dans le petit espace d'une pièce de verre : l'onavoitdemesme eslevé l'Idole de ce Dieu comme un pourtraict racourcy de toutes les parties de ce monde incompréhensible: soit qu'il portast cette image de toutes choses, pour témoigner qu'il en estoit l'autheur et conservateur, ou qu'en effect ils adorassent, sous cette pourtraicture, l'Univers dans sa simple et extérieure apparence. Car plusieurs, voire mesme des Philosophes, comme on void plus au long dans Ciceron, ont estimé et adoré le monde ainsi qu'un Dieu éternel, sensible, et tournoyant, sans en considérer la cause première. La divinité neantmoins de ce grand corps n'est pas seulement reprouvée, mais aussi mocquée par Velleius, pour autant que la félicité d'un Dieu ne doit point estre occupée après des mouvements éternels, comme sceut bien respondre un Roy de ces nouveaux pays barbares à ceux qui luy vouloient persuader que le Soleil estoit Dieu.
2l8 DES SATYRES
Or le nom de ce Dieu Satyre semble de prime abord confirmer l'explication de ceux qui l'interprètent pour l'Univers, non seulement à cause que ce mot de Pan signifie Tout : mais aussi parce qu'il est dérivé, selon Plutarque, de Pente, qui signifie cinq. Car au Triangle Egyptien, hieroglifique du monde et de ses principes, la ligne qui faict cinq représente le monde, et les deux autres, qui sont trois et quatre, les deux principes universels masle et femelle ; parce que, tout ainsi que le cinq est semblable de nature et de puissance à ces deux autres nombres, estant composé du trois et du deux, lequel doublé faict quatre : de mesme le monde participe de la nature des deux principes qui le composent.
Ceste opinion n'est point si nouvelle qu'elle ne soit authorisee d'Orphée, le plus ancien de tous les Poètes qui ont survescu la voracité du temps, quand il chante en ses Hymnes, que le Ciel, la terre, la mer, et le feu, sont les mem-