LIVRE V
jamais que pour recommencer ? Ou plustost Tannée, je ne dis pas la Solaire, mais cette révolution totale des Cieux à l'origine de leur mouvement : lesquels, après plusieurs tours et retours, plus vistes ou plus lents selon leur inégalité, parferont, en un même instant de repos, cette grande année composée de plusieurs millions d'années, et dans l'accomplissement de leurs actions borneront peut-estre le cours du monde et la vie de la nature ? Et qu'auroit-on voulu signifier par les cornes de Pan, sinon la lumière? Jupiter Ammon, qui n'est autre que le Soleil appelle par les Hebrieux, Hamma, avoit deux cornes de Bélier sur la teste, et Isis et Diane celles d'un Taureau. Et en la langue Hébraïque le mot de lumière et de corne est équivoque : aussi lisons nous dans Y Exode, selon la commune traduction : Que la face de Moyse, descendant du mont Sinay, estoit cornue, et selon la nouvelle, lumineuse. De faict Moyse, voulant parler
au peuple, se couvroit le visage d'un voile, parce que leurs yeux trop foi blés n'en pouvoient soustenir la splendeur glorieuse qu'il avoit acquise par l'avoisinement et participation de Dieu : et Sainct Paul, comme interprétant ces cornes de Moyse, dit qu'il estoit tout couvert de gloire.
Le visage de Pan portoit, en sa couleur vermeille, l'image du feu ou région arriérée : et les rides qui lui rendoient la face rechignée, et toute crasseuse, comme dit Homère, representoient les inconstances injurieuses de l'air. Le poil long et serré de sa barbe, dont Philostrate escrit qu'il faisoit un si grand conte, flguroit les influences productives, que ces deux premiers éléments versent en contre-bas d'une abondance continuelle, afin que meslangez avec les inférieurs dans le sein de la Nature, ils donnent l'estre à toutes les choses de ce monde. Ce que les Poètes nous donnent couvertement à entendre, quand ils feignent que