‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 123 sur 130 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

sur la prime-vere Jupiter (qu'ils prennent pour asther) descend parmy les douces pluies dans le giron de la terre sa femme, et l'engrosse des diverses semences de toutes choses : et que Junon, c'est à dire l'air, est suspendue et liée par les mains d'une chaisne d'or, ayant à ses pieds deux lourdes enclumes attachées, dont la pesanteur la tire par force contre la terre.

Nulle autre partie, dans la figure de ce Dieu, ne pouvoit à mon advis représenter la mer avec plus d'énergie que le ventre. Car tout ainsi que cette partie est la sentine et cloaque du corps humain, le réceptacle des excréments, l'amas des immondices et superfluitez, bref une estable d'Augee en nostre nature : de mesme les ^Egyptiens estimoient que la mer avoit esté produicte par le feu sortant hors la sphère de ses activîtez, estant une superfluité corrompue, et maladie contre nature : et Plu-

tarque la faict au monde ne plus ne moins que la vessie au corps d'un animal. Pour ceste raison les Monstres, les Androgynes, les Fulgurez, les Parricides, et semblables abominations, estoient précipitez dans la mer, comme estant seule au monde le lieu propre à recevoir telles impuretez. Et ceux-là qui s'estoient poilus de quelque indigne forfaicture croyoient, en s'y plongeant avec quelques cérémonies, y laisser leur crime, comme les blessez des bestes enragées y vont perdre la mortelle contagion de ce venin. Et nous lisons dans les Histoires du Nouveau Monde, que l'Ingua, Roy du Peru, avoit de coustume, se baignant dans une rivière, de confesser à haute voix tous ses péchez au Soleil, et puis commander aux eaux de les porter dans la mer, affin que jamais plus on n'en peust avoir de cognoissance. Si bien que les Pythagoriciens la nommoient bien à propos, la larme de Saturne, voulant dire sous ces paroles cou-

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