LIVRE I
a point d'autre response que l'impiété.
Premièrement, si l'espèce du Satyre estoit constituée par une différence, c'est à dire par une nature particulière distincte de l'homme Adamique en son essence, ou bien ceste nature seroit plus noble et excellente, ou bien abaissée au dessous, et beaucoup moindre en la composition de son estre. Or il ne se peut faire que ny l'un, ny l'autre soit au Satyre, ny en aucune créature, et qu'elle soit homme : car s'il estoit en sa nature plus parfaict, et qu'il fust eslevé au dessus du vray homme, il auroit sans doute atteint le point de la nature Angélique, et seroit revestu de toutes les qualitez spirituelles qui suivent l'estre de l'Ange, pour ce que le vray homme est de si peu inférieur à l'Ange, et nostre nature est si voisine de celle des intelligences célestes, qu'il ne peut y avoir aucun estre qui tienne le milieu de ces deux autres. Ce qui a faict dire à David que Dieu a couronné l'homme d'hon-
neur et de gloire, l'ayant faict seulement un peu moindre que l'Ange, et à Sainct Thomas que la Hiérarchie humaine est contenue sous la dernière Hiérarchie des intelligences surnaturelles. De sorte que le Satyre ne pourroit estre plus que l'homme, s'il n'estoit Ange, chose indigne de nostre pensée, et qui ne peut tomber en l'imagination des âmes plus grossières : et ceux là mesme qui feroient le Satyre homme, ne voudroient pas avoir dict qu'une créature de substance corporelle, et terrestre, respirant une vie animale, lasciî au de là de ce que l'on peut imaginer, et subjet à la mort, fust pareil en son estre à ces substances toutes spirituelles, qui n'ont autre vie que celle qu'elles tirent immédiatement de Dieu, toutes sainctes en leurs opérations, et douées dès leur origine de l'asviternité. De mesme aussi ne se pourroit-il faire que le Satyre fust moins parfaict que les enfans d'Adam, et que les qualitez de sa nature ravallées au dessoubs de nostre