‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 15 sur 130 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

estre, le rendissent nostre inférieur, et qu'il demeurast homme : pource que alors il ne seroit plus qu'une espèce de brute, qui n'auroit rien de commun avec l'humanité, que la vie, le corps, et le sentiment, à la façon des autres animaux. Car autant que l'homme approche de l'estre des Anges par la noblesse de son ame, autant, par son autre partie, avoisine-t-il la brutalité : et comme il ne peut y avoir de créature qui tienne le milieu entre l'homme et l'Ange, aussi n'y en peut-il avoir entre l'homme et la brute, estant nostre nature, comme dit Sainct Augustin, le milieu et le point qui sépare la nature Angélique de la brutale, n'ayant rien moins que l'Ange, outre les sens corporels, ny rien plus que les brutes, outre l'intelligence spirituelle. Ce que les Platoniciens veulent signifier, disant que l'homme est le milieu des bestes et des Dieux, et Seneque escrivant que le meilleur de l'homme est la raison par laquelle il marche devant

les autres animaux, et suit de près les Dieux : car par ces Dieux faut entendre ceux qu'ils nommoient iEviternes, ou iEvintegres, qui ne sont autres que les Anges et substances spirituelles, dont l'anïternité, dit Sainct Thomas, est la mesure. De sorte que si le Satyre est privé de ceste intelligence, il ne luy reste plus que la nature animale, c'est à dire une vraye brutalité. Davantage, toutes les parties de ce grand Univers sont d'une telle composition subordonnées l'une l'autre, que les plus nobles sont servies par les inférieures qui s'y rendent subjectes, sans aucune répugnance de leur nature. Les Cieux, les Astres, et les Elemens, sont assubjettis à la génération et entretien des estres vivans. Entre les vivans, les plantes fournissent aux alimens et utilitez des animaux, et les animaux, avec tout le reste du monde, servent à l'homme ainsi qu'il luy plaist : l'homme seul demeure à soy mesme libre et arfranchy de tout esclavage, jus-

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