LIVRE I. II
ques là que ses volontez sont en sa main, sans estre mesme subjectes à la puissance ordinaire de Dieu. Ainsi pleutil au Créateur du monde de le créer seigneur et maistre de toute chose, et dès son origine l'honorer de cet Empire, luy disant : Je te fais le Seigneur de tout ce que la vie faict mouvoir sur la terre, dans les eaux, et dans l'air. Si donc la nature du Satyre estoit inférieure à la nostre, comment pourroit-il estre homme et estre inférieur à un autre homme ?
comment pourroit-il estre homme et estre privé de commander en ce monde, qui est le propre de l'homme, et l'incomparable marque de sa Divinité? Et comment pourroit le Satyre vivre sous le Ciel, et n'estre pas du nombre des bestes brutes, puis qu'il n'y a point d'autre homme que celuy qui leur doit commander ?
La seconde raison se pourra bien à propos tirer de la première naissance des animaux : car s'il estoit vray que les
Satyres constituassent une espèce particulière d'homme, il faudroit que Dieu les eust créez masle et femelle, à l'origine du monde, ainsi qu'il fit toutes les autres espèces. Nous ne sommes plus dans Testât d'ignorance de nous imaginer que les hommes au commencement puissent avoir esté produicts des chesnes crevez, des marests fangeux de l'Egypte, des potirons de Corinthe, de la terre d'Empedocles, de l'Océan de Crates, des poissons d'Anaximander, ou de l'œuf de la Sapience dont quelques égyptiens faisoient esclorre nos premiers parens.
Et hors la création, tout ce que l'on peut conter de leur première naissance, et de toutes les autres parties de l'Univers, est recognu parmy nous pour extravagance et imposture. Or qu'il n'y ait point eu d'hommes Satyres créez de Dieu, les Escritures qui portent avec soy leur raison, et la condamnation de ceux qui les rejettent, nous l'enseignent trop manifestement pour le révoquer en doute.