LIVRE I
Apres ce grand travail sans peine, qui fit sortir de la main de Dieu ce bel ouvrage de cinq jours, Dieu voulut créer l'homme, et à sa création il employa la sixiesme journée toute entière. Et affin que sa nature se peust provigner et perpétuer en son espèce, il les fit masle et femelle, Adam et Eve. Or en toute ceste sixiesme journée, il n'est point parlé de Satyres. Et quand elle auroit esté (comme disoit Empedocles) aussi longue que sont aujourd'huy dix mois, il n'est point escrit qu'il en fut créé. De sorte qu'il faut dire qu'il n'y en a point, ou, s'il y en a, qu'ils avoient esté créez le quatriesme et cinquiesme jour, quand Dieu mit sur la terre toutes les espèces de serpens et de bestes brutes, entre lesquelles les Satyres doivent estre nécessairement compris, s'ils ont esté créez : car il ne fut point créé d'homme que le sixiesme jour, et à ce jour point d'autre qu'Adam et Eve : car après que Dieu les eust faicts, dit Moyse, il les bénit, et puis se
reposa. Si ce n'est peut estre que l'on voulut avoir recours à la fabuleuse antiquité des Arcades, qui se disoient nez auparavant la Lune, et s'imaginer que les Satyres auroient esté créez avant ces grands luminaires du Firmament : ou bien recevoir pour vérité l'extravagance du Rabin Abraham, lequel, comme s'il eut preveu ceste raison, escrit que les Satyres furent créez, comme aucuns ont voulu dire, de la femme, le septiesme jour; et que Dieu, prévenu de la nuict suivante, ne leur peut donner leur entière perfection : d'où vient qu'ils se tiennent cachez tout le long du jour et de la nuict du Sabath. Mais à cela nous n'avons rien à respondre, sinon que ceste fiction des Arcades est une invention de Grecs, c'est à dire, de personnes jeunes, comme escrit Platon, et ignorans de l'antiquité, et l'autre, du Rabinisme, c'est à dire une fable Milesiacque, et un conte à perte de veue : l'un et l'autre esloigné de raison, hors le sens commun, et con-