‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 18 sur 130 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

traire à la vérité, qui nous apprend qu'aucune créature vivante ne fut faicte avant les Astres, et que le septiesme jour la main de Dieu se reposa de toute œuvre. C'est à dire qu'il accomplit dans le sixiesme (comme expliquent les sçavans Grecs et Hebrieux) tous les desseins qu'il en avoit projettez dans l'éternité, et que dès le commencement du Sabat, il cessa la création de toutes nouvelles espèces.

Suivant les erres de la pureté de ceste mesme doctrine, nous dirons que Dieu, tirant la nature humaine du néant pour la mettre au monde, la voulut créer à sa semblance, et la marquer en son ame de l'image de sa Divinité. Ainsi fut-il résolu dans l'uniforme communion des trois personnes divines, comme il est aisé d'apprendre par le texte de Moyse, où Dieu dit : Créons l'homme à nostre semblance. Or il n'y a point eu d'autre créature en l'origine du monde, que nostre premier père, auquel Dieu ait fait

l6 DES SATYRES

ceste grâce de luy mettre sur le front le pourtraict de son estre et de sa lumière; luy seul a esté formé à la semblance de son Créateur, à luy seul fut donné cet esprit de vie, lequel, comme escrit Philon, rendit celuy qui le recevoit, semblable à celuy qui l'inspiroit : car aussitost qu'Adam et Eve eurent esté créez, Dieu mit fin à l'ouvrage du monde. Vérité qui nous oblige à croire que les Satyres ne peuvent avoir empreinte en leur nature ceste image de la Divinité, puisque cette grâce a esté octroyée à Adam seulement : et comment sans cette marque pourroient-ils estre hommes, puisque Dieu, en créant l'homme, luy a voulu donner cette marque glorieuse et divine? Mais quand il seroit aussi vray, comme il est très faux, que les Satyres auroient esté créez masle et femelle au premier aage du monde, l'espèce n'auroit peu par la propagation descendre jusques à nous, et le Déluge universel auroit arresté le cours de leur génération, et estouffé

Page 1