LIVRE I
toutes les semences en ceux qu'il auroit submergez. Car nous apprenons d'une doctrine sans contredict, que dans F Arche de Noé, qui fut bastie pour la conservation de toutes les créatures que Dieu reservoit au renouvellement de l'Univers, il n'y avoit point d'autres hommes que Noé et ses enfans, et tout le reste estoient bestes brutes. De sorte que les Satyres n'estoient point dans cette Arche s'ils estoient hommes, ou bien, si leur couple y fut receue pour éviter ce naufrage commun, il falloit qu'ils fussent bestes brutes. Et davantage le genre humain, dit l'Escriture, fut semé et renouvelle par les enfans de Noé : et de leur lignée sont tous les peuples de la terre. Ce qui ne seroit pas véritable si les Satyres estoient une autre espèce d'hommes :
car n'estant point de la race d'Adam, ils ne peuvent estre de celle de Noé.
S. Augustin semble favoriser cette raison par le discours qu'il faict des hommes monstrueux, qui estoient despeints dans
la place de Cartage regardant sur la mer, faicte de mesme artifice que ces grottes qui sont ordinaires aujourd'huy dedans les grandes maisons. L'on y voyoit des Centaures, des Cynocéphales, des Scyopodes, et mille autres fantosmes des Poètes et des Historiens, tels qu'un Hérodote. Ce Docteur met en question, si tels monstres sont nez de la semence de Noé et d'Adam, et la décide en telle sorte : ou bien tels monstres ne sont point, ou bien ils sont bestes brutes, ou, s'ils sont hommes, ils sont nécessairement venus de Noé et d'Adam. Et sur cette dernière conclusion, par raison contraire, je diray que si les Satyres, et ces prodiges des Fables, dont on voudroit faire des hommes imaginaires, ne sont point descendus de Noé, il est nécessaire de conclure qu'ils ne sont point hommes, puisque tout le genre humain, comme dit l'Escriture, a esté renouvelle par luy. Où ce mot de genre est à remarquer :
car Moyse, pour nous faire cognoistre