‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 26 sur 130 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

les enfans d'Adam : nous respondrons que puisque les Anges, qui ont esté créez d'une substance purement spirituelle, et dont la subtilité n'a jamais rien eu de commun avec la matière de la terre, ont péché peu après leur création : eux, dis-je, qui avoient esté créez en grâce, auparavant que d'y estre confermez, ont forfaict contre leur Créateur.

Quelle impertinence seroit-ce de soustenir une impeccabilité dans les Satyres? Et que leur ame ait peu se conserver nette de vice, estant joincte à un corps, non seulement grossier et matériel, mais demy-brutal, puisque toutes les passions, c'est à dire les vices, naissent de la terrestrité du corps? L'on sçait trop bien que les Satyres sont tousjours mis pour exemple et symbole parfaict d'yvrognerie et de lasciveté. Et de fait, Polixene, pour rendre visible en sa peinture Tun et l'autre de ces vices, les représenta sous trois Satyres la tasse à la main.

Reste à considérer la mortalité des Satyres. Quelques uns, pour establir l'opinion que les Satyres sont hommes, pourroient dire, peut-estre (comme le Prince de la Mirande semble avoir entendu) qu'ils seroient mortels en tout leur estre, à l'exemple des autres animaux, mais qu'ayant la figure humaine, la parolle distincte et articulée, et le discours intérieur de la raison, ils constitueroient une autre espèce d'hommes, dont les Adamisques différencient par la noblesse et immortalité de leur ame.

Ciceron disait du Philosophe Epicure, qui rendoit les Dieux sans action et nullement soigneux de l'Univers, que c'estoit admettre des Dieux en parolle, mais en effect, dire qu'il n'y en avait point. Ainsi l'on pourroit dire de ceux qui confesseroient la totale mortalité de l'homme Satyre, que c'est en parolle luy donner la nature humaine, mais en effect la luy oster entièrement : car

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