‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 27 sur 130 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

quelque degré de perfection dont une créature se puisse glorifier, quelque excellence qui la puisse rendre remarquable et admirable, quelque conformité qu'elle puisse avoir en apparence avec la noblesse de l'homme, si l'ame immortelle luy est desniée, il n'y faut plus chercher d'humanité, et le nom d'homme luy est moins convenable qu'à une statue.

L'homme est composé de deux parties toutes différentes de nature, d'origine, et de fin : le corps animal et d'une substance de corruption, né de la terre, s'en retourne à la terre, et l'Ame toute céleste créée de Dieu retourne à Dieu. Or par ce corps l'homme ressemble aux bestes brutes, et toutes les actions et sentimens corporels, il les a communs avec elles, et pour cela porte-t'il le nom d'animal, d'autant que l'animalité, ou nature animale, qui consiste aux facultez de la vie sensitive, est esgalement distribuée à l'homme et aux bestes brutes, juques la mesme que

toutes les parties de la vie sensitive sont en un degré bien plus éminent aux bestes brutes qu'en l'homme. Le Cerf peut vivre huict fois autant que l'homme; l'Aigle est si clair-voyant, dit Homère, que du Ciel il descouvre un lièvre caché dans l'espais d'un buisson, le Sanglier a l'ouye très subtile : et chacun des autres animaux a je ne sçay quelle excellence dans les sentiments au dessus de l'homme. Les Anciens, pour nous apprendre que l'homme est par le corps une véritable beste brute, le representoient soubs la figure d'un monstre, ou demy-homme et demy-cheval, ou demyhomme et demy-chevre, voulant que l'ame y fust figurée par les parties humaines, et le corps par celles de la brute. Platon faict cette distinction par un pourtraict d'autre sorte : il met nostre ame avec des aisles dans un chariot traisné par deux chevaux, représentant les deux appétits qui nous sont communs avec les brutes, l'ire et la conçu-

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