LIVRE I
piscence, et Ronsard, faisant allusion à l'un et l'austre de ces symboles :
L'homme est Centaure ; en bas il est
cheval, Et homme en haut; d'en bas vient tout le
mal, Si la raison, qui est l'homme, ne guide Cet animal, et ne luy tient la bride.
Et peut estre que cette Sylla feinte au milieu des chiens aboyants, voudroit signifier encor cette mesme ame, située dans les parties animales du corps, dont les dispositions naturelles à la brutalité, sont comme des chiens tousjours aboyants à l'entour d'elle : mais l'ame immortelle est tellement particulière et incommunicable à toute autre créature, que par elle seule l'homme est faict homme. Platon, dans les erreurs de son Paganisme, a bien recogneu et enseigné cette vérité, quand il escrit que l'ame diffère tellement du corps, que nous ne sommes point ce que nous sommes, si-
non par la vertu efficace de nostre ame, le corps n'étant qu'un je ne sçay quoy imaginaire qui nous suit. D'où vient que Socrate, chez ce mesme Autheur, dit à Axiochus, qu'un corps mort n'est plus homme, d'autant que chacun de nous est seulement son ame immortelle renfermée dans le corps comme dans une laide et ennuyeuse prison. Et Plotin davantage, que le corps n'est point partie de l'homme, ains seulement un outil et instrument, duquel l'ame, qui est le vray homme, se sert par un certain temps.
Scipion l'Afriquain disoit-il pas en songe à son nepveu, qu'il ne falloit pas croire que l'homme fust ce que l'on en void à l'extérieur, mais que l'ame cachée au dedans, et qui, après de grands services rendus à son pays en ce monde, entroit au rang des demy-Dieux dans le Ciel, estoit l'homme seulement? Ainsi donc en l'ame seule consiste l'homme tout entier, hors laquelle tout ce qu'il possède est commun aux bestes brutes,