‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 29 sur 130 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

n'ayant rien dans la sensibilité du corps qui ne soit brutal. De sorte que les Satyres estant privez de cette partie céleste et divine, en laquelle consiste toute l'essence de l'homme, et dont elle est la forme, seroient privez aussi de tout ce qui faict l'homme, et toutes les actions de leur vie estant attachées à la matière, et procédant d'un principe corporel et mortel, ils n'auroient rien de l'homme davantage que tous les autres animaux.

Mais pour venir à ces trois degrez d'excellence, la figure, la parolle, et la ratiocination, par lesquelles nous avons dit que l'on pourroit soustenir que les Satyres sont hommes : outre que ce ne sont pas qualitez qui facent partie de l'essence de l'homme, elles ne sont pas si particulières à la nature humaine que toutes les créatures qui en sont pourveues doivent constituer une espèce d'homme, qui mérite seulement d'en porter le nom. Premièrement la figure ( humaine n'est qu'une apparence exte-

Heure. Mitropaustes respondit un jour fort à propos à Demaratus, qui demandoit à Xerxes permission de porter en la ville de Sardis le chappeau Royal sur sa teste : « Ce chappeau que tu demandes, » ô Demaratus, ne couvriroit gueres de » cervelle, car encores que Jupiter te » donnast sa foudre à porter en la main, » tu ne serois pas Jupiter pour cela. » De mesme les Satyres, pour porter cette ressemblance de l'homme au dehors, ne sont pas hommes, et ce portraict humain ne couvre rien d'humain en leur nature. Voudroit-on dire que les statues de bronze fussent hommes? Que les Synges, les Magots, les Cynocéphales, et tant d'autres animaux qui ont un si grand rapport à nostre corps, eussent quelque chose de l'homme? Les fantosmes qui prennent la figure humaine, ces vaines ressemblances d'homme qui paroissent soudainement dans les déserts de l'Afrique, et s'esvanouissent de mesme, et ces prodiges,

Page 1