‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 31 sur 130 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

tant l'homme seul porte le nom d'animal raisonnable, pource qu'il est seul parfaitement raisonnable : et les autres animaux sont dits irraisonnables, pource que l'imperfection de leur nature leur desnie cette perfection. Le discours parfait de la raison est seul la forme et la différence qui fait l'homme, et toute autre ratiocination hors ce point n'a plus rien d'humain. Celuy qui n'est que d'une lieue esl oigne de quelque ville, n'est pas davantage dans la ville que celuy qui en est esloigné de vingt : et le milieu d'un cercle n'est que dans un poinct; tous les autres poincts, quoy qu'ils soient proches de celuy-cy, ne sont plus le milieu. Tout de mesme la seule raison parfaite fait Fhomme, et en quelque degré qu'elle puisse approcher de la perfection dans une créature mortelle, elle est brutale, et n'est rien autre chose que l'appréhension d'un animal pourveu de facultez sensitives. Autrement, si le Satyre ayant une ame mor-

telle, ne laissoit pas de constituer une espèce d'animal raisonnable pource qu'il use de la raison, quoy qu'imparfaite, il s'ensuivroit nécessairement que toutes les autres bestes brutes, pource qu'elles raisonnent, feroient autant d'espèces d'animaux raisonnables, différentes seulement, selon que leurs sens, plus ou moins subtils, leur permettroient de raisonner, plus ou moins parfaictement :

comme si le plus ou le moins suffisoit pour différence en la constitution des espèces. Mais afin que l'on ne puisse admettre la perfection du discours intérieur dans une créature mortelle : cette raison seulement est parfaite, laquelle est spirituelle et indépendante de la matière, tout ainsi que le principe et la cause dont elle procède. Or l'homme seul jouit d'une telle perfection de discours, car à luy seul a esté donnée une ame de substance incorporelle, dont les actions toutes libres ne tiennent rien de la terrestrité du corps, principalement le dis-

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