‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 32 sur 130 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

cours raisonnable, qui est une action pure de l'intelligence, la plus noble faculté de cette forme. Mais en toutes les autres créatures dont la forme est mortelle, le discours de raison procédant d'une ame toute de corruption, dépendante entièrement de la matière en son estre, et dont les facultez ne se portent point au delà du corps, ne peut estre qu'une simple appréhension matérielle, brutale et très imparfaite, qui naist et s'esteint dans leurs sentiments. Or tout ainsi que s'il n'y avoit point de Soleil, disoit Heraclitus, nous serions en une nuict perpétuelle nonobstant tous les autres Astres du Firmament : de mesme, si l'on demeure d'accord que le Satyre soit privé de l'ame immortelle et survivant au corps, il est impossible qu'il soit homme, c'est à dire animal parfaitement raisonnable, et toute autre excellence ne sera point suffisante pour luy en faire mériter le nom : si ce n'est comme aux peintures, auxquelles on

donne le nom des choses qu'elles représentent. Encores ne sçauroit-on, sans une irrévérence impie, donner à une créature toute mortelle et monstrueuse, le nom d'homme, nom si sainct et si vénérable. Moyse deffend de donner aux Dieux estrangers les noms du Dieu vivant, et les Juifs n'osoient escrire quinze par Jod he, dix et cinq, pource que le grand nom de Dieu, Jehova, commence par ces deux lettres, ains mettoient Theth vau, neuf et six. Pourrions nous souffrir ce nom d'homme, si sacré, divin, et mystérieux, estre commun aune beste brute avec Dieu ? Le Verbe Eternel n'a point eu d'autre nom plus agréable que le fils de l'homme, c'est le nom que David, ravi d'esprit prophétique, luy a donné : luy mesme dans l'Evangile se glorifie de ce nom, et quand nous youlons tesmoigner pleinement son amour et sa charitable humilité, nous chantons : Il s'est fait homme.

Parmy toutes ces raisons, encore ne

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