LIVRE II
hideux de ces demy-boucquins, il n'y a personne, je croy, qui les voulust mettre au rang des Satyres, mais seulement de ces hommes monstrueux, lesquels, bien qu'engendrez selon la reigle commune de leur espèce, sont pourtant desreiglez en la conformation de leurs membres.
C'est pourquoy estant hors de mon subjet, nous en laisserons la recherche et le discours à ceux qui doivent cognoistre la nature de tels monstres, et décider ce que l'on en doit croire.
Entre toutes les bestes brutes, il n'y en a point qui portent en leurs corps une plus vive image de la figure humaine, ny en leurs actions une plus na'ïfve imitation des animaux raisonnables, que les Singes : et entre toutes les diverses espèces de Singes, il n'y en a point qui approche la nature humaine de plus près, ny qui soyent plus hommes, que ceux que l'on nomme Satyres. Aussi Galien, auquel il semble que la nature se soit descouverte, commande à ceux qui
veulent s'instruire en la cognoissance des parties de l'homme sur un autre subjet que le corps humain, de faire la dissection d'un Singe, d'un Cynocéphale, ou d'un Satyre. Or ceux là qui n'ont veu ces Satyres que de loin, et qui ont négligé de les regarder plus curieusement des yeux, ou contempler plus attentivement de l'esprit, s'arrestant à la forme extérieure, ont bien osé dire qu'ils estoient hommes. Mais pour lever tout scrupule et donner une entière et facile cognoissance de ces bestes, il les faut despeindre selon toutes les particularitez que la curiosité nous a peu faire veoir chez les Naturalistes. Albert le Grand sera leflambeau qui nous esclairera le premier à l'entrée de ce chemin. Le Velu, dit-il, (car ainsi nomme-t-il ces Satyres en plusieurs endroits) est un animal du genre des Singes, mais fort monstrueux.
Il est demy homme et demy chèvre, a le front armé de cornes, se tient et va quelquesfois debout, et quitte facilement